La montagne ne se conquiert pas, elle invite à l’humilité
Dans le trail, on évoque souvent la performance, le résultat comme objectif ultime. On imagine des sommets à conquérir.
Le champ lexical tourne d’ailleurs souvent autour des mêmes verbes : gravir, repousser, dépasser.
Il suffit pourtant d'écouter celles et ceux qui la côtoient de près pour comprendre qu’elle leur inspire une narration bien différente.
Élise Poncet, vice championne du monde de course en montagne en 2019 ; Martin Kern, ultra traileur vainqueur du 90 kilomètres du marathon du Mont Blanc en 2021, et Louis Derrien, coureur engagé, n'ont pas le même parcours mais lorsqu'ils parlent de la montagne, un mot revient constamment : le respect.
Comme si la montagne n'était pas un terrain que l'on conquiert, mais un milieu avec lequel on apprend à composer.
Là-haut, personne ne décide vraiment
Ça peut être frustrant pour certains, excitant pour d’autres, mais une chose est sûre : il y aura toujours une part d’incertitude en montagne.
Dans la pratique du trail, on peut passer des mois à préparer une course, construire un plan d'entraînement au millimètre, peaufiner sa nutrition, optimiser son sommeil... et voir une météo capricieuse redistribuer complètement les cartes.
Sur les terrains montagneux, il reste toujours une part qui nous échappe. C'est peut-être, aussi, ce qui attire autant.
Louis Derrien le résume avec une certaine simplicité : “La montagne est un lieu à la fois qui m'inspire énormément, où j'ai envie d'être et qui parfois me fait peur, me remet à ma place. C'est un endroit où on ne peut pas tricher où il faut, parfois, savoir rebrousser chemin.”
Faire demi-tour. L'idée paraît presque contre-intuitive quand on a tendance à célébrer ceux qui vont toujours plus loin. Mais en montagne, savoir renoncer fait partie de la pratique.
Ce n'est pas abandonner. C'est comprendre qu’on est bien petit face à ce géant de la nature.
Apprendre à ralentir
L’humain est fait de telle manière qu’il veut souvent aller vite, brûler les étapes pour le mener à ce qu’il qualifie de “performance”. Mais en montagne, être impatient serait bien imprudent et mènerait à tout sauf à une progression.
Savoir prendre son temps, observer, apprendre des autres est particulièrement nécessaire en haute montagne, où le danger est plus menaçant.
“Le risque zéro n'existe jamais en montagne. Il y a toujours des aléas”, rappelle Élise Poncet avant de poursuivre “t'as beau être extrêmement fort physiquement, si tu n'y connais rien, tu ne vas pas aller très loin. C'est vraiment l'expérience qui te permettra de faire des ascensions”. La championne de course en montagne pratique aussi l’alpinisme. Discipline qu’elle perçoit comme “un éloge de la lenteur”.
À l'heure où tout pousse à accélérer le rythme, cette idée a quelque chose de presque vertigineux. Et c’est le cas de le dire. A haute altitude, il n'existe pas de raccourci. C’est la montagne qui dicte le temps.
Une affaire de transmission
S'il existe une constante dans les sports de montagne, c'est sans doute celle-ci : on progresse rarement en solitaire.
L’expérience se transmet, dans les récits comme sur le terrain. Apprendre à lire une trajectoire, comprendre les conditions qui évoluent sans cesse, observer une pente… Autant de compétences qui ne s'improvisent pas et qui s'acquièrent au contact de celles et ceux qui ont déjà accumulé des heures là-haut.
Pour Martin Kern, cette transmission fait presque partie intégrante de la pratique. Lors de l'Arc'teryx Alpine Academy, un événement grand public organisé chaque année à Chamonix, il accompagne des pratiquants venus découvrir ou approfondir le trail en montagne.
Au départ, beaucoup viennent chercher une technique de descente, un conseil matériel ou quelques astuces pour mieux gérer leur effort. Au fil de l’expérience, l’ultra-traileur tente de leur transmettre aussi des émotions : “Le but, c'est que les gens reviennent avec des étoiles plein les yeux. On les emmène dans les plus beaux endroits de la vallée. Au-delà des compétences techniques, j'essaie de leur expliquer pourquoi j'aime autant m’amuser sur ces chemins”.
Derrière un conseil sur une manière d’appréhender la descente ou de gérer une trajectoire, se cache alors quelque chose de plus profond : une manière de porter son regard sur la montagne.
Courir, mais autrement
Que ce soit Elise Poncet, comme Martin Kern ou Louis Derrien, aucun d'eux ne décrit la montagne comme un simple terrain de performance.
Pour Martin Kern, vainqueur du 90 km du Marathon du Mont-Blanc en 2021, elle est devenue au fil des années un lieu d'apaisement. S’il apprécie toujours l'effort et le dépassement de soi, ce qui le fait vibrer est aussi de partager cette passion avec d'autres.
Pour Louis Derrien, la montagne revêt une dimension encore plus intime. Après le suicide de son frère Simon, il s'élance dans un Tour de France en courant pour sensibiliser à la santé mentale. Les sentiers deviennent alors un espace où avancer, au propre comme au figuré.
De son côté, Élise Poncet pourrait parler de podiums, de préparation physique ou de stratégie de course. Or, lorsqu'elle évoque la montagne, la contemplation vient souvent en premier. Et ce respect profond qu'elle éprouve pour un milieu dont elle rappelle qu'il ne nous appartient pas. “Je n'aime pas dire que c'est un terrain de jeu”, explique-t-elle, préférant voir la montagne comme un espace vivant avec lequel il faut apprendre à composer.
Courir n’est peut-être qu'une manière parmi d'autres de créer un lien avec la montagne.
C'est sans doute ce que rappellent des rendez-vous comme l'Arc'teryx Alpine Academy. Pendant quelques jours, on y vient partager une expérience, découvrir une discipline ou simplement passer un moment avec des personnes fascinées par un même espace. Cette montagne qui nous invite à repenser notre rapport au temps, à nous même et à ce qui nous entoure.
En partenariat avec Arc’teryx