Fatigue et running : pourquoi bien récupérer ne garantit pas la performance ?

« Je suis fatigué. »
Si tu cours un peu sérieusement, il y a de grandes chances que cette phrase fasse partie de ton vocabulaire courant. Mais quand tu la prononces, sais-tu vraiment de quelle fatigue tu parles ? Fatigue des jambes, de la tête, du moral… ou un joyeux mélange de tout ça ?

C’est là que le malentendu commence. Parce qu’en course à pied, mal interpréter la fatigue, c’est souvent le premier pas vers la contre-performance. Voire vers la blessure. Et paradoxalement, ce sont souvent les coureurs qui « font tout bien », entraînement structuré, sommeil correct, récupération appliquée, qui se retrouvent coincés.

Et si le problème n’était pas un manque de repos, mais une mauvaise lecture des signaux envoyés par ton corps ?

La fatigue n’est pas un bouton on/off

Dans les sports d’endurance, la fatigue est partout. On s’entraîne pour la provoquer, on récupère pour la faire disparaître, et on essaie de caler ses pics de forme autour d’elle. Pourtant, d’un point de vue scientifique, dire « je suis fatigué » ne veut… pas dire grand-chose.

🎯 Pourquoi ? Parce que la fatigue n’est pas un état unique, mais un phénomène multifactoriel. Elle peut venir de plusieurs systèmes différents, agir à différents niveaux, et surtout ne pas se manifester là où on l’attend.

En running, on a pris l’habitude de réduire la fatigue à une seule chose : jambes lourdes = fatigué / jambes légères = en forme.

Sauf que le corps ne fonctionne pas comme ça. Les travaux en physiologie de l’exercice montrent que la performance en endurance ne dépend pas seulement des muscles, mais aussi, et surtout du cerveau et du système nerveux, chargés de piloter, réguler et tolérer l’effort.

👉 Résultat : tu peux avoir des muscles objectivement en bon état… et un système global déjà bien entamé.

Les quatre grandes fatigues du coureur

Les chercheurs ne parlent plus d’une fatigue, mais de plusieurs formes de fatigue qui peuvent coexister, s’additionner ou se compenser.

1. La fatigue musculaire (celle qu’on connaît tous)

C’est la plus intuitive. Celle qu’on sent dans les cuisses après une séance costaud ou un gros bloc.

Elle apparaît quand les muscles subissent :

  • une déplétion des réserves énergétiques,

  • une accumulation de métabolites,

  • un stress mécanique répété.

Elle est proportionnelle à l’effort, liée au volume, à l’intensité, au dénivelé… et surtout, elle est réversible avec le repos. C’est la fatigue « logique », attendue, presque rassurante.

Mais ce n’est qu’un quart de l’équation.

2. La fatigue nerveuse (celle qui ne se voit pas)

Courir longtemps, ce n’est pas seulement produire de l’énergie. C’est réguler en permanence : allure, coordination, attention, gestion de la douleur.

Quand le système nerveux central commence à saturer, on parle de fatigue centrale. Concrètement :

  • l’effort paraît plus dur à allure égale,

  • la perception de fatigue grimpe plus vite,

  • la motivation chute.

Les muscles peuvent encore fonctionner, mais le cerveau commence à lever le pied. Cette fatigue est souvent mal comprise, car elle ne fait pas « mal » au sens classique. Et pourtant, elle pèse lourd sur la performance.

3. La fatigue émotionnelle (la grande oubliée)

C’est probablement la plus répandue chez les coureurs amateurs… et la moins discutée.

Elle ne vient pas de l’entraînement lui-même, mais de tout ce qui l’entoure :

  • travail,

  • stress chronique,

  • responsabilités,

  • tensions relationnelles,

  • charge mentale.

Les études sont claires : l’état émotionnel influence directement la perception de l’effort, la tolérance à l’inconfort et la capacité de récupération Fatigue et Rrunning Pourquoi bi….

Deux séances identiques sur le papier peuvent être vécues de façon radicalement opposée. Pas parce que le corps a changé, mais parce que le contexte émotionnel n’est pas le même.

4. La fatigue motivationnelle (mal interprétée)

Quand l’envie disparaît, beaucoup parlent de manque de discipline ou de mental. En réalité, c’est souvent un signal adaptatif.

Les modèles modernes de régulation de l’effort montrent que la motivation fait partie intégrante de la performance. Quand elle chute durablement, ce n’est pas un hasard : c’est le signe que le coût global de l’effort devient trop élevé par rapport aux ressources disponibles — physiques, mentales et émotionnelles.

Le piège : traiter une fatigue complexe avec une solution simple

Dans le running moderne, on mesure tout : kilomètres, dénivelé, fréquence cardiaque, charge d’entraînement.
Mais on ne mesure presque jamais :

  • la pression mentale,

  • le stress chronique,

  • la fatigue décisionnelle,

  • l’usure émotionnelle.

Résultat : on peut être objectivement en forme sur le plan physiologique, et pourtant profondément fatigué.

Quand on ne distingue pas ces différentes fatigues, on fait toujours la même erreur :
👉 on traite un problème central comme un simple problème de repos musculaire.

La fatigue n’est pas un bug, c’est un signal

Contrairement à ce qu’on croit souvent, la fatigue n’est pas une faiblesse. C’est un mécanisme de protection.

Elle apparaît pour préserver l’intégrité de l’organisme quand la contrainte devient trop importante. Dans l’entraînement, il existe même une fatigue attendue et souhaitable : la fatigue fonctionnelle.

Tu stresses l’organisme → la performance baisse légèrement → tu récupères → le corps s’adapte et devient plus fort.

Le problème commence quand la fatigue :

  • ne disparaît plus,

  • devient diffuse,

  • ne correspond plus à une séance précise.

Ce n’est pas la fatigue en soi qui pose problème, mais la fatigue associée à une récupération incomplète Fatigue et Rrunning Pourquoi bi….

Fatigue, blessures et erreurs invisibles

La fatigue ne blesse pas toujours directement. Elle désorganise.

Quand la fatigue centrale s’installe, la littérature scientifique montre :

  • un ralentissement du temps de réaction,

  • une coordination moins fine,

  • une prise d’informations sensorielles altérée.

Tu continues à courir, mais ton système de pilotage devient moins précis. Une cheville placée un dixième de seconde trop tard, un appui légèrement décalé… répété des milliers de fois, ça suffit à provoquer une blessure.

C’est pour ça que tant de blessures surviennent à allure modérée, sur des footings tranquilles, quand « tout allait bien ».

Le repos n’est pas l’opposé de l’entraînement

Dans l’imaginaire sportif, le repos est souvent vu comme un frein. En réalité, il fait partie intégrante du processus d’adaptation.

Et le repos ne se résume pas à dormir ou lever le pied :

  • repos physiologique,

  • repos nerveux,

  • repos émotionnel.

Beaucoup de coureurs ne manquent pas d’entraînement.
Ils manquent de récupération réelle, au sens global.


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