Joséphine Bayle : l’envers de Joggeuse

Elle n’a pas remporté une course de l’UTMB, mais à son passage sur la dernière ligne droite mythique, devant l'église de Chamonix, le public criait son nom. 

Joggeuse

C’est son pseudonyme sur les réseaux sociaux. Un sourire, beaucoup d’énergie, des kilomètres accumulés, des défis relevés et, surtout, une envie contagieuse de courir. 

Dans la vraie vie, c’est Joséphine Bayle, une jeune femme qui a longtemps cherché sa place, jusqu’à comprendre que la course à pied pouvait l’aider à la trouver.

De la banque et du conseil à la création de contenu, d’un premier marathon à Paris-Milan en courant, Joséphine a construit sa vie par défis successifs. Mais derrière cette énergie débordante, il y a une histoire plus intime : celle d’une enfant « du milieu » qui a longtemps cherché son identité, celle d’une jeune adulte en réussite, prête à tout plaquer pour mener sa quête du bonheur..

À l’occasion de l’UTMB, nous l’avons rencontrée pour un épisode de Dans la Tête d’un Coureur. Une conversation sur sa relation intime à la course à pied, sur la construction d’une identité, sur les réseaux sociaux et cette frontière parfois fragile entre la personne que l’on est et celle que l’on incarne.

L’enfant qui voulait faire du bruit

Joséphine se décrit comme une enfant « casse-cou ». Celle qui tombait de sa chaise à table, qui ne tenait pas en place, qui parlait vite, riait fort et vivait ses émotions sans filtre.

Elle a grandi entre une grande sœur et une petite sœur. Et, avec le recul, elle se demande si cette position d’enfant du milieu n’a pas façonné une partie de celle qu’elle est devenue.

« La grande, elle ouvre les portes, on l’écoute, elle décide de tout. La petite, c’est la préférée », raconte-t-elle. Et au milieu, il reste parfois cette question : où est ma place ?

À l’école, elle est bonne élève, mais jamais la meilleure. Sa grande sœur est très forte, sa petite sœur débrouillarde. Alors Joséphine cherche. Elle suit d’abord des chemins déjà tracés : une école de commerce, puis la banque, comme sa mère.

Mais quelque chose ne colle pas.

Elle a toujours eu cette impression d’être « trop » : trop énergique, trop expressive, trop émotive. Jusqu’à découvrir un endroit où ces excès sont acceptés : le sport.

« Dans le sport, tu ne mets pas de filtre », explique-t-elle. « Tu peux vivre tes émotions à fond. »

Courir pour retrouver confiance

Joséphine fait une distinction entre estime de soi et confiance en soi. La première, elle dit l’avoir reçue de ses parents. La seconde, elle a dû la construire.

La course arrive progressivement dans cette reconstruction. Préparer un marathon - qui lui semblait au départ presque impossible - devient une manière de se prouver qu’elle est capable d’aller au bout.

Mais derrière chaque défi, il n’y a pas seulement la recherche de performance.

« Quand tu cours pour fuir quelque chose, c’est que tu n’es pas heureux. Et je courais vraiment pour retrouver cette confiance en moi. »

Les kilomètres deviennent alors un terrain d’expérimentation. Elle se lance, s’inscrit à son premier marathon, repousse ses limites. Et chaque défi réussi ajoute quelques points de confiance en soi.

Le courage de démissionner

La confiance s’accumule et une petite musique s’installe. « C'est hyper important d'écouter cette petite voix que t'as en toi quand tu sais que tu n'es pas là où tu dois être. »

Arrive alors le moment où Joséphine décide de quitter cet emploi confortable dans lequel elle ne s’épanouit pas.

« J'étais dans un job très bien, j'avais un bon salaire, j'étais juste pas heureuse. »

Pendant trois mois, elle cherche ce qui pourrait l’animer. Elle pense au sport. Les Jeux olympiques de Paris 2024 lui offrent une première opportunité professionnelle.

Puis vient Milan. Et l’idée de rejoindre son futur lieu de travail pour les Jeux olympiques d’hiver… en courant.

Le projet Paris-Milan est préparé en seulement deux semaines. Elle ne part pas pour changer de vie, mais pour saisir une opportunité professionnelle.

Elle ne sait pas encore que ce défi va précisément changer la sienne. « Je ne pensais pas, mais ça a réellement changé ma vie. »

Quelques semaines plus tard, les vidéos font des millions de vues.
L’audience explose.

La créatrice de contenus Joggeuse est née.

Quand Joggeuse devient un métier

Ce qui n’était au départ qu’une manière de raconter une aventure devient une activité à temps plein.

Et ça fonctionne. Les courses s’enchaînent, les déplacements aussi et une communauté de plusieurs centaines de milliers de personnes se construit.

« Ça a été un accélérateur d'opportunités et, surtout, un accélérateur de rencontres humaines », se réjouit-elle.

Une réussite qui n’est pas seulement une question de chiffres. Joggeuse incarne une manière différente de parler de la course à pied : avec de l’énergie, de la spontanéité, de l’humour, mais aussi cette idée que courir peut être un moyen de se découvrir plutôt qu’une simple recherche de performance.

Mais cette nouvelle vie a aussi son revers. Car lorsqu’un personnage public prend de l’ampleur, il peut devenir difficile de savoir là où il s’arrête et là où commence sa personnalité propre.

Le revers d’une vie qui va trop vite

Après un an à temps plein, la jeune femme le reconnaît : « Joggeuse a complètement mangé Joséphine. »

C’est presque paradoxal. Joséphine a créé Joggeuse pour assumer celle qu’elle est. Et il faut désormais apprendre à s’en protéger.

Sur les réseaux sociaux, cette vie en mouvement transparaît à vitesse grand V. Mais l’envers du décor - les heures passées seules devant un ordinateur, les responsabilités d’une activité professionnelle propre - est, lui, moins visible.

« Je ne suis pas toujours souriante comme je suis sur Joggeuse. Parfois, il y a du doute. On est tous des humains. »

À mesure que son activité prend de la place, le reste de sa vie devient plus difficile à préserver. Ses amis, sa famille, son temps personnel. Joséphine raconte avoir parfois eu du mal à tout concilier.

Jusqu'à ce constat : « j'ai 238 000 abonnés. Et je crois que cet été, je ne me suis jamais senti aussi seule. »

Courir après un équilibre

Mais pas le temps de s'appesantir. Un nouveau défi, déjà, se profile à l’horizon : partir de Paris pour rejoindre Los Angeles en 2028, uniquement à la force de son corps. Comme souvent avec Joséphine, il y aura des kilomètres, une histoire à raconter et une nouvelle aventure à partager.

Mais d’ici là, l’enjeu sera aussi ailleurs : « Aujourd’hui, je ne changerais rien, je rééquilibrerais simplement le temps que j’ai pour que ça soit un peu plus sain. Avec mes différentes sources de bonheur, pas uniquement Joggeuse. »

Los Angeles sera le prochain défi de Joggeuse. Pour Joséphine, ce sera peut-être d’emprunter le bon chemin de vie pour s’y rendre.

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