Marathon de Paris : l’envolée des prix met les partenaires sous pression

Il y a des courses qu’une marque de sport peut difficilement se permettre de rater. Le Marathon de Paris en fait partie : près de 60 000 coureurs, une carte postale grandeur nature de Paris et des centaines de marques prêtes à investir pour s’associer à l’événement.

Sauf que la nouvelle grille tarifaire vient de tomber. Et elle a piqué.

Selon nos informations, le coût d’un partenariat sur le nouveau Marathon de Paris aurait augmenté de 30 à 200 % selon les catégories. Une fourchette suffisamment importante pour redistribuer les cartes entre les partenaires capables de suivre et ceux qui commencent sérieusement à sortir la calculatrice.

Car derrière le changement d’organisateur du Marathon de Paris se joue quelque chose de plus profond: une tentative de redéfinir la valeur commerciale de l’un des plus gros événements running d’Europe.

Décryptage.

LE MARATHON DE PARIS ENTRE DANS UNE NOUVELLE ÉCHELLE DE PRIX

Pour comprendre pourquoi certains partenaires font la grimace, il faut d’abord regarder ce qu’ils convoitent.

Le Marathon de Paris n’est pas une course parmi d’autres. Près de 60 000 coureurs, un salon qui attire des dizaines de milliers de visiteurs et un chiffre d’affaires estimé autour de 16,9 millions d’euros par édition.

En 10 ans, la machine a changé d’échelle. Là où le sponsoring pesait encore quelques millions d’euros au milieu des années 2010, il est devenu l’un des piliers d’un événement qui n’a plus grand-chose d’artisanal.

Ce que Cadence doit à Paris

Le nouvel organisateur n’a pas seulement récupéré les clés du Marathon de Paris. Il a aussi signé une équation économique nettement plus exigeante.

Pour exploiter l’événement, Cadence s’est engagée à verser à la Ville de Paris une redevance annuelle de 3,5 millions d’euros, soit près du double de celle supportée auparavant par ASO. À cette somme s’ajoute une part des revenus issus des contrats de naming du marathon et du semi-marathon.

Détail intéressant : Cadence n’aurait pas remporté l’appel d’offres avec la proposition financière la plus élevée. ASO et Playground auraient proposé davantage. Son offre a été retenue sur l’ensemble du projet, notamment autour de l’inclusion, de l’expérience proposée et des engagements environnementaux.

La conséquence, elle, est très concrète : le nouvel opérateur doit absorber une redevance nettement supérieure à celle de l’ancien modèle, reverser une partie de certains revenus commerciaux et financer sa propre organisation de l’événement.

Une équation qui rend mécaniquement chaque source de revenus plus stratégique. Et parmi elles, le sponsoring occupe évidemment une place centrale.

Quand la valeur du Marathon est remise à plat

C’est ici que la nouvelle grille tarifaire prend tout son sens.

Selon nos informations, les prix proposés à certains partenaires auraient progressé de 30 à 200 % selon les catégories. Une amplitude suffisamment importante pour parler moins d’une simple revalorisation que d’une remise à plat complète de la valeur commerciale de l’événement.

Chaque catégorie est renégociée et dans un marché du running en pleine croissance, la tentation est logique : faire payer davantage pour accéder à l’un des actifs les plus désirables du sport français.

Sur le principe, rien de scandaleux.

Le Marathon de Paris offre un accès direct à des dizaines de milliers de pratiquants, une visibilité internationale et une exposition rare dans un univers que les marques cherchent aujourd’hui toutes à investir.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le Marathon de Paris peut coûter cher. Il le peut.

La question est plutôt : qu’obtiennent désormais les marques en contrepartie ?

Car un partenariat ne se juge jamais uniquement à son ticket d’entrée. Il se juge à sa capacité à générer de la visibilité, du contenu, de l’engagement et, idéalement, du business.

Et c’est précisément là que le nouveau Marathon de Paris devient un cas d’école.

DES TARIFS REVALORISÉS, UN MODÈLE À CONSOLIDER

Revenons à cette histoire de contrepartie. Parce qu’au fond, c’est là que tout se joue.

Quand une marque signe un partenariat, elle n’achète pas simplement un logo sur une arche d’arrivée. Elle achète l’accès à une audience, des canaux de communication éprouvés, une connaissance accumulée des participants et tout un écosystème construit au fil des années.

C’est précisément ce qu’ASO avait eu 28 ans pour installer autour du Marathon de Paris.

Et c’est aussi ce que Cadence doit désormais reconstruire.

 4 mois de transition

Depuis le vote du Conseil de Paris en mai, la nouvelle organisation est restée relativement silencieuse.

Pendant plusieurs semaines, la prise de parole a notamment été freinée par le recours déposé par ASO devant le tribunal administratif. Et reprendre en quelques mois une machine de la taille du Marathon de Paris n’a évidemment rien d’un simple changement de logo.

Site, billetterie, réseaux sociaux, bases de communication, parcours, logistique : une partie importante de l’infrastructure historique appartenait à l’ancien opérateur ou reposait sur ses outils.

Cadence ne récupère donc pas un événement clé en main.

Il récupère une marque extrêmement puissante, une course mondialement connue, une demande immense, mais aussi tout un écosystème commercial et médiatique qu’il faut remettre sur pied.

Et pour les partenaires, cette nuance compte énormément.

Une nouvelle grille, encore quelques inconnues

C’est là que le nouveau positionnement tarifaire devient intéressant.

Certains partenaires se voient proposer des hausses significatives, alors même que plusieurs éléments déterminants dans la valeur du partenariat restent encore à construire.

La nouvelle billetterie doit être installée, les canaux de communication reconstruits, le dispositif éditorial réinventé. Le parcours définitif reste à préciser.

Autrement dit : le Marathon de Paris reste une valeur sûre mais son nouvel écosystème commercial, lui, doit encore faire ses preuves.

Le passage annoncé à un système de tirage au sort illustre bien cette transformation. Sur le papier, le modèle peut renforcer la désirabilité du dossard et rapprocher Paris de références internationales comme Londres ou New York. Mais il change aussi profondément la mécanique d’acquisition des participants et, potentiellement, le profil de l’audience à laquelle les partenaires auront accès.

Ce n’est pas forcément un problème, mais c’est une inconnue de plus.

Et lorsqu’une marque investit plusieurs centaines de milliers d’euros, elle aime généralement savoir assez précisément qui elle va toucher, comment et avec quels outils.

Voilà donc le paradoxe du nouveau Marathon de Paris : demander au marché de payer dès maintenant la valeur future d’un dispositif encore en reconstruction.

Le pari peut fonctionner. Mais pour les partenaires, la question devient simple : combien sont-ils prêts à payer aujourd’hui pour une promesse qui devra encore être démontrée demain ?

PLUS INCLUSIF, PLUS PREMIUM : LE PARADOXE DU NOUVEAU MARATHON DE PARIS ?

C’est probablement l’équation la plus délicate du nouveau Marathon de Paris.

Le projet retenu par la Ville de Paris ne reposait pas uniquement sur des considérations financières. Il portait aussi une ambition clairement affichée : ouvrir davantage l’événement.

Dossards à tarif réduit pour les bénéficiaires du RSA, volonté d’impliquer davantage les quartiers parisiens, formats destinés aux enfants, dimension plus populaire autour de la course,…

Le message est clair : le Marathon de Paris ne doit pas seulement rester une grande compétition internationale pour CSP+. Il doit aussi devenir plus inclusif et mieux connecté à la ville qu’il traverse.

Dans le même temps, Cadence doit augmenter la valeur commerciale de l’épreuve pour absorber un modèle économique devenu plus exigeant.

Ces deux ambitions ne sont pas incompatibles, mais elles créent une tension nouvelle.

Les partenaires sont invités à investir davantage dans un événement qui, parallèlement, veut élargir son public et s’éloigner d’une image jugée trop premium.

Sur le papier, l’équation peut même être vertueuse : faire davantage contribuer les marques pour rendre la course plus accessible.

Encore faut-il que ce lien devienne visible.

Car plusieurs choix récents viennent brouiller le message. Les partenaires voient leur ticket d’entrée fortement revalorisé avec parfois des contreparties en baisse. Et côté coureurs, des éléments jusqu'ici compris dans l'inscription pourraient devenir optionnels et payants (le tee-shirt, notamment, si cette piste se confirme)

Caricaturons une seconde.

D’un côté, le marathon plus populaire, plus inclusif et plus solidaire promis par le projet. De l’autre, le scénario inverse : une course qui monte progressivement en gamme, dont la facture augmente à tous les étages, jusqu’à devenir une sorte de Marathon de Paris version Monaco : désirable, spectaculaire, remplie de partenaires premium mais progressivement moins accessible à ceux qui n’ont pas le même budget.

Ce serait tout le paradoxe du nouveau modèle : ouvrir davantage la course sur le papier, tout en la faisant monter en gamme dans les faits.

Deux extrêmes, évidemment.

La réalité se situera probablement quelque part entre les deux. Mais elle dépendra d’un équilibre que personne n’a encore vu fonctionner.

Comment rendre le Marathon de Paris plus accessible tout en augmentant fortement sa valeur commerciale ? Et surtout : comment faire en sorte que la seconde ambition finance réellement la première ?

C’est peut-être là que se joue le véritable défi du nouveau modèle : réussir à valoir plus cher sans devenir plus cher.

APRÈS LES PROMESSES, PLACE À L’EXÉCUTION

Le changement d’organisateur du Marathon de Paris ne se résume donc pas à une nouvelle équipe ou à une nouvelle identité visuelle. Il ouvre une période de transformation beaucoup plus profonde, où se redéfinissent à la fois la valeur commerciale de l’événement, son accessibilité et la relation qu’il entretient avec ses partenaires et les coureurs.

Cadence a choisi une stratégie ambitieuse : faire monter la valeur de l’actif tout en promettant un Marathon plus ouvert, plus populaire et mieux intégré à la ville. Sur le papier, ces deux objectifs peuvent parfaitement coexister. Ils peuvent même se renforcer. Mais ils devront désormais être démontrés dans les faits.

Pour les marques, la question sera simple : les nouvelles conditions commerciales seront-elles compensées par davantage d’audience, de contenus, d’activation et de valeur réelle ? Pour les coureurs, l’enjeu sera tout aussi concret : l’ambition d’inclusion se traduira-t-elle réellement par une expérience plus accessible ?

Il est encore trop tôt pour trancher. Le prestige du Marathon de Paris reste immense, mais en faisant évoluer aussi fortement son modèle, Cadence s’expose désormais à une exigence supplémentaire : prouver que cette nouvelle valeur ne se limite pas à une nouvelle grille tarifaire.

C’est sans doute là que se jouera la réussite du projet. Non pas dans sa capacité à faire payer davantage, mais dans sa capacité à faire comprendre pourquoi il vaut davantage.

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