Ce que le Trail fait vraiment à votre couple ! W. Alix Noblat, Justine Carrel et Mathieu Masbernard

Derrière un ultra, il n’y a jamais vraiment qu’une seule personne qui court. 

Il y a aussi celles et ceux qui attendent, organisent, rassurent, suivent un point GPS au milieu de la nuit et apprennent à vivre avec le rêve de l’autre.

À Chamonix, pendant la semaine de l’UTMB, Guillaume reçoit Alix Noblat, compagne de Mathieu Blanchard, Justine Carrel, compagne d’Arthur Joyeux-Bouillon, et Mathieu Masbernard, compagnon de Blandine l’Hirondel.

Ensemble, ils racontent ce que le trail de haut niveau fait au couple : les sacrifices, les journées d’assistance, la peur pendant les courses, mais aussi les émotions extraordinaires vécues à deux.

Quand le projet devient commun

Il y a ceux qui se sont rencontrés en sachant que le projet sportif serait au cœur de la relation. Quand Alix Noblat rencontre Mathieu Blanchard, il n’est pas encore l’athlète professionnel qu’il est devenu aujourd’hui mais le projet est clair.

Au-delà de le soutenir, Alix décide de s’y investir pleinement : « Quand il m'a dit “moi mon rêve c'est ça”, j'ai dit qu’on ferait tout pour et que moi aussi j'avais envie d’y participer. Donc j'ai arrêté ma profession de coach sportif et je me suis dévouée à 200 % à l'accompagnement au haut niveau. »

Nutrition, entraînement, courses, réseaux sociaux. Progressivement, le projet de Mathieu Blanchard devient un engagement commun.

Pour Mathieu Masbernard, le chemin est tout autre. Lorsqu’il rencontre Blandine, c’est lui qui pratique beaucoup de sport. Elle, est encore loin du haut niveau.

Mais le potentiel est là. « Je me suis dit que cette fille qui n'a pas une démarche de haut niveau, qui n'a pas eu d'éducation sportive et qui est capable déjà de sortir des courses très costaudes, si elle met des choses en place, elle peut faire quelque chose de grand. »

L’évolution de Blandine transforme progressivement leur quotidien. Pour Mathieu, son compagnon, cette histoire l’a aussi métamorphosé en tant que personne. Son ego s’est adouci au profit d’une mise en lumière de celle qui partage sa vie. 

Alix décrit, elle aussi, cette évolution comme quelque chose qui dépasse largement le seul cadre sportif : « C'est aussi un ultra dans la vie, avec toutes les émotions, tous les hauts, tous les bas. On voit l'autre évoluer mais aussi notre posture changer à ses côtés. »

Le couple devient partie intégrante du projet sportif, avec tout ce que cela implique de sacrifices et d’adaptation. Alix rappelle que le statut d’athlète de haut niveau reste fragile. « Athlète de haut niveau, c'est un métier précaire. Ça peut s'arrêter aussi du jour au lendemain. »

Pour les proches, accompagner un athlète signifie aussi accepter cette part d’incertitude.

Vivre la course de l’intérieur

Les jours de compétition, le rôle du conjoint prend une autre dimension.

À l’assistance, il faut savoir quoi donner, quoi dire, et surtout observer. Justine explique cette forme d’intuition développée au fil des années. « En trois secondes en arrivant, on sait si tout va bien, si ça ne va pas, s'ils ont pas assez mangé, chaud ou froid. »

Mais cette connaissance de l’autre peut aussi devenir un piège et il n’est pas toujours simple de se sentir à la juste place. Après plusieurs années de haut niveau, Mathieu Masbernard a choisi de prendre davantage de recul sur les ravitaillements. « Aujourd'hui, je laisse la place à d'autres parce que je pense que je ne suis plus la bonne personne pour les ravitos, parce qu'on se connaît trop justement, on est trop dans l'interprétation », explique-t-il.

Un moyen peut-être aussi d’éviter de transmettre le doute. « Même si tu es inquiet, il ne faut pas le montrer. C'est le dernier truc à faire. Eux, ils ont besoin que tu sois là, que tout aille bien », soutient Justine Carrel

Le rôle du proche reste avant tout d’apporter de la stabilité dans un moment d’intensité.

Soutenir sans toujours être d’accord

Quand on connaît les limites de la personne que l’on aime, on peut aussi avoir un avis différent sur une course, un objectif ou une décision.

Mathieu Masbernard raconte avoir échangé avec Blandine sur sa participation à l’UTMB 2026 en prenant en compte les blessures. Il ne pensait pas forcément qu’elle devait prendre le départ. Elle a fait un autre choix. « Ce n'est pas parce qu'on ne partage pas les mêmes avis qu'on ne doit pas soutenir l'autre dans sa décision », insiste-t-il.

Pour Alix, cette distinction est également essentielle : « On peut très bien ne pas être d'accord, mais après ce sont eux les seuls décisionnaires. »

Le conjoint peut conseiller, anticiper les scénarios et exprimer ses inquiétudes quant à l’intégrité physique. Mais au moment de courir, la décision appartient à l’athlète.

La peur fait aussi partie du projet

Suivre une course pendant plusieurs heures, c’est accepter une part d’inquiétude.

Justine reconnaît vivre chaque ultra avec une certaine tension. « Tant qu'il n'a pas passé la ligne d'arrivée, tout peut se passer. C'est vraiment le principe d'un ultra. »

Et parfois, cette peur dépasse même le cadre de la compétition. Mathieu raconte notamment une sortie de ski de randonnée de Blandine dans une tempête de neige, au cours de laquelle elle s’est retrouvée perdue dans le brouillard.

Une autre forme de peur apparaît également lorsque les performances se rapprochent toujours davantage des limites physiques. 

Pour Alix, l’évolution du niveau en ultra pose aussi la question du coût humain de la performance. « L'ultra, à leur niveau, ce n'est pas un sport santé. » 

Il faut alors apprendre à composer avec la charge d’entraînement, les blessures, la fatigue et les périodes de doute.

Et quand un enfant arrive ?

La parentalité ajoute une nouvelle dimension à un quotidien déjà très organisé.

Justine et Arthur ont dû repenser leur fonctionnement après la naissance de leur garçon. Elle explique avoir adapté son travail et son organisation familiale, tout en constatant que l’arrivée d’un enfant avait aussi changé la manière dont Arthur envisageait sa pratique. « Il s'est beaucoup mis la pression en se disant que maintenant il n'était plus tout seul, qu'il courait aussi pour Marceau. »

Il a alors fallu lui rappeler qu’il courait avant tout pour lui.

Chez Alix et Mathieu, la question de la parentalité prend une dimension particulière puisque le couple venait d’annoncer attendre un enfant après plusieurs années de parcours médical.

Alix raconte trois ans et demi de tentatives, de protocoles de PMA et d’échecs, parfois juste avant de grands rendez-vous sportifs. « À chaque fois, j'ai appris mes pires déceptions juste avant de gros événements où j'étais là à me forcer à sourire. »

Une nouvelle étape commence désormais pour le couple, avec une d’autres questions à résoudre comme celle de gérer la récupération et le sommeil avec l’arrivée d’un bébé.

Une histoire qui se vit à deux

Derrière les victoires et les défaites, derrière les heures d’entraînement et les remises en question se cachent souvent des compagnons et des compagnes qui accompagnent un quotidien peu commun. 

S’il crée des voyages, des souvenirs et des émotions incomparables, le sport de haut niveau modifie aussi les agendas, les vacances, l’alimentation, les projets professionnels et l’organisation familiale.

Surtout, il oblige le couple à trouver en permanence le bon équilibre : aider sans diriger, conseiller sans décider, être présent sans être envahissant.

Derrière le dossard, il y a finalement aussi ces personnes qui vivent la course autrement. Elles ne franchissent pas la ligne d’arrivée, mais elles ont souvent traversé une partie du chemin dans l’ombre. Et ce podcast a permis de déplacer les projecteurs, le temps d’une conversation.

Un épisode enregistré à la DLTDC House, en collaboration avec Shokz.

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