UTMB 2026 : une édition hors normes. Le Grand Débriefing avec Joseph Mestrallet, Vincent Viet & Julien Absalon
Il y a les chiffres et les images que l’on retiendra. Les 18h16 de Ben Dhiman. L’arrivée triomphale de Blandine L’Hirondel. Les dix premiers hommes sous les 20 heures. Les trois premières femmes plus rapides que le temps réalisé par Ruth Croft l’année précédente.
L’UTMB 2026 a tenu toutes ses promesses. Plus encore, il a dépassé toutes les attentes.
Pour revenir sur cette édition hors norme de l’UTMB, Dans la tête d’un coureur a réuni Joseph Mestrallet, spécialiste de la performance et de la data dans les sports d’endurance, Vincent Viet, athlète et team manager chez Salomon, et Julien Absalon, double champion olympique de VTT et team manager du Team Hoka chez Alltricks.
Une densité inédite
18 h 16 min 29 s. En franchissant la ligne d’arrivée à Chamonix, Ben Dhiman a signé un temps historique et un index UTMB de 995, jamais atteint auparavant.
Derrière Ben Dhiman, Baptiste Chassagne termine en 18h47, Caleb Olson en 18h48 et Virgile Moriset passe lui aussi sous les 19 heures. « Moi, ce sont les 10 hommes sous les 20 h qui m'impressionnent le plus. Parce que c'est une densité qu'on n'avait jamais vue », avance Joseph Mestrallet.
C’est cette densité qui donne à l’édition 2026 une dimension particulière. Car si Ben Dhiman a réalisé une course exceptionnelle, il n’est pas seul à avoir changé d’échelle.
Pour Joseph, cette évolution s’explique notamment par la transformation de la préparation des athlètes : « Je pense qu’il y a un gros facteur : l’amélioration de l’entraînement. Rien que la découverte de la nutrition à l'entraînement permet de passer des séances énormes, des kilométrages énormes. »
Nutrition, volume d’entraînement, science de la performance : selon lui, tous ces progrès permettent aujourd’hui aux athlètes de supporter des charges de travail qui auraient été difficiles à imaginer il y a encore quelques années.
Peut-on vraiment parler du meilleur UTMB de tous les temps ?
La question est tentante. Mais elle mérite quelques précautions.
Le parcours 2026 a été modifié, notamment avec la suppression des Pyramides Calcaires, un passage technique. La météo était particulièrement favorable, contrairement aux conditions dantesques de l’an passé.
Vincent Viet rappelle aussi que certaines portions ont pu être courues très vite. Grâce, d’abord, à un départ donné à 20 h au lieu de 17h45. « Les premiers athlètes ont couru tout le balcon avant Arnouvaz de jour sur cette partie qui est quand même assez cruciale ». Mais aussi grâce à « des différences sur le parcours, notamment dans la vallée entre La Fouly et Champex où ils ont été beaucoup sur la route. »
Pour Vincent Viet, la performance de Ben Dhiman est exceptionnelle mais il reste difficile de gagner une heure en un an. Autrement dit, le chrono de 18h16 est spectaculaire, mais il ne suffit pas, à lui seul, pour établir une hiérarchie absolue entre toutes les éditions.
Ce qui semble en revanche difficile à contester, c’est la force de la performance collective. Le top 10 de 2026 est entièrement sous les 20 heures, une première dans l’histoire de l’épreuve.
L’UTMB ne s’apprend pas en un an
Ben Dhiman a donné une grande leçon sur cet UTMB : l’expérience.
Ça n’était pas sa première participation. Il avait déjà tenté l’aventure en 2023 puis 2024 qui s’étaient soldées par deux abandons. En 2025, il parvient à monter sur la deuxième marche du podium.
Joseph Mestrallet insiste sur ce point : pour devenir performant sur 171 kilomètres et près de 10 000 mètres de dénivelé, il faut accumuler de l’expérience.
« On ne gagne pas un UTMB en un an. »
Le raisonnement vaut aussi pour l’entraînement. Le volume en montagne se construit sur plusieurs années. « Il ne suffit pas de 200 bornes par semaine pendant un an. Il faut faire 200 bornes par semaine pendant quatre, cinq voire six ans. »
C’est une des raisons qui explique pourquoi les vainqueurs de l’UTMB ne sont pas forcément les plus jeunes. « Les moyennes d’âge sur les cinq dernières années sur l'UTMB, c'est 33 ans chez les hommes et 34,5 chez les femmes. Parce qu'ils ont besoin d'avoir passé six ans à des hauts volume d'entraînement », observe Joseph Mestrallet.
Chez les femmes, Blandine L’Hirondel a apporté une autre illustration de cette expérience. Troisième en 2023, cinquième en 2024, elle a appris à appréhender cette course.
Un objectif unique
À mesure que le niveau augmente, les coureurs sont amenés à prioriser de plus en plus. Quitte à focaliser l’entièreté de sa saison sur un objectif unique. C’est le choix qu’ont pu faire Ben Dhiman, Baptiste Chassagne ou encore Théo Détienne avec l’UTMB. Préparer une course de 170 kilomètres mobilise tellement de temps, de volume d’entraînement, d’influx nerveux qu’il devient difficile de multiplier les objectifs.
« Aujourd'hui, tu dois vraiment travailler de manière spécifique », relève Vincent Viet. Les autres courses servent alors à préparer un objectif ultime. Un an pour une date précise.
Joseph Mestrallet pense même que cette logique devrait être poussée plus loin encore : « Je pense que c'est compliqué d'un point de vue mental de retourner tous les ans sur l'UTMB, parce que c'est une pression, etc. Si on fait un UTMB tous les deux ans et entre temps une course comme une diagonale des fous, un circuit un peu différent, ça peut favoriser cette fraîcheur mentale dont on a besoin ».
D’autres disciplines attendent quatre ans pour se préparer pour une olympiade, pourquoi le trail ne suivrait pas une logique similaire ?
Les chaussures aussi courent plus vite
Il y a enfin un autre terrain sur lequel l’UTMB 2026 a montré que le trail change de dimension, celui du matériel.
Deuxième victoire consécutive pour ASICS, présence de Kiprun dans le haut du classement, progression de Nike, développement des chaussures à plaque carbone ou composite : la bataille technologique ressemble de plus en plus à ce que l’on observe sur route.
Joseph Mestrallet est particulièrement catégorique à cet égard : « On ne peut pas gagner l'UTMB sans plaque carbone ou plaque composite. »
Cette bataille technologique se retrouve chez plusieurs marques présentes sur les sentiers de l’UTMB : ASICS, Kiprun, Nike, Salomon ou encore Hoka.
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L’UTMB change, et le trail avec lui
En une seule édition, l’UTMB 2026 aura marqué au-delà des records. L’événement est le témoignage d’une discipline en pleine mutation qui peine aussi à définir les limites de son identité.
En amont et durant cette édition, les critiques envers un événement qui ne cesse de croître, jusqu’à déborder parfois, ont été nombreuses. Venues des médias, des observateurs du sport et des habitants eux-mêmes qui s’inquiètent de voir leur vallée leur échapper.
La surfréquentation, la multiplication des courses, l’impact environnemental, l’omniprésence des marques dans la ville… « Je pense qu'on va être amenés à cadrer davantage les choses, à limiter les marques mais aussi les spectateurs. Le maire est un trailer, il a couru l'UTMB lui-même donc il cherche à avoir une cohabitation qui soit correcte et cohérente », estime Joseph Mestrallet
Cette 23e édition de l’UTMB a été celle de tous les exploits mais aussi celle des premières grandes remises en question.