“On ne m’a jamais appris à courir avec mon cycle”
Il y a des sujets qu'on esquive.
Pas parce qu'ils sont tabous. Parce qu'ils dérangent — dans un sport qui préfère parler de watts, de VO2max et de plans d'entraînement.
"Est-ce que le cycle menstruel influence la pratique de la course à pied ?"
La question est simple. Les réponses, elles, ne le sont pas. Et le silence qui l'entoure encore aujourd'hui en dit long : dans un monde obsédé par la performance, certaines réalités du corps des femmes restent invisibles.
Dans ce nouvel épisode de Safe Place, Océane (alias @oceandreaa sur Instagram) et son amie Charlotte (alias @Charlottemartn), toutes les deux créatrices de contenu et runneuses reviennent sur un sujet qui parlera à beaucoup : Running et cycle menstruel
Un angle mort du Running
Le running s'est construit sur une promesse simple : si tu suis le plan, tu progresses. Des données, des protocoles, des séances millimétrées. Une science de la performance.
Sauf que cette science a un problème.
Elle a été pensée sur un corps, le masculin. Stable, linéaire, prévisible.
Et pendant des décennies, on a demandé aux femmes — 1 coureur sur 2 — de s'y adapter.
Pourtant, le corps féminin ne fonctionne pas comme ça. Il fonctionne en cycles. En phases. En variations d'énergie que aucun plan d'entraînement standard ne prend vraiment en compte.
On demande aux femmes d'être constantes dans un système qui, par définition, ne l'est pas.
C'est ça, l'angle mort.
Comprendre plutôt que subir
crédit : nhco-nutrition
Quatre phases, un même cycle, une réalité que le running a trop longtemps ignorée.
Moins d'énergie certaines semaines. Plus de motivation à d'autres moments. Des douleurs. Des pics de forme inattendus. Des jours où tout passe — et d'autres où enfiler ses chaussures devient une négociation avec son propre corps.
Ce n'est pas dans la tête. C'est dans la physiologie.
Ce que révèle cet épisode va plus loin qu'un cours de biologie. C'est une invitation à changer de posture — face à l'entraînement, face à la performance, face à soi.
Arrêter de se demander "pourquoi je n'y arrive pas aujourd'hui ?"
Commencer à se demander "qu'est-ce que mon corps essaie de me dire ?"
Déculpabiliser la performance
Il y a une tension silencieuse chez beaucoup de coureuses.
Celle de ne pas être "au niveau". De rater une séance, de ralentir, de décaler. De sentir que son corps ne suit pas — alors que c'est lui qui a raison.
Dans un environnement où la progression est censée être linéaire, ces moments deviennent suspects. Alors qu'ils sont simplement physiologiques.
Comprendre son cycle, ce n'est pas se chercher des excuses. C'est remettre du contexte là où il n'y en avait pas. C'est faire de son corps un allié plutôt qu'un adversaire.
Concrètement, ça peut vouloir dire remplacer une séance intense par de l'endurance. Troquer une sortie contre du renforcement doux. Ou accepter, certains jours, de ne pas courir du tout.
Ce n'est pas une faiblesse. C'est de l'intelligence.
Le poids invisible : la charge mentale
Courir avec son cycle, ce n'est pas seulement une question de sensations physiques. C'est aussi une charge mentale que peu de gens voient — et que presque toutes les coureuses connaissent.
Penser à sa protection avant de partir. Adapter sa tenue. Prévoir un arrêt. Gérer l'inconfort en plein effort. Anticiper ce que le corps va faire — ou ne pas faire.
Une logistique silencieuse, qui s'ajoute à l'entraînement sans jamais apparaître dans aucun plan de course.
La bonne nouvelle : le marché bouge. De plus en plus d'acteurs du running s'emparent du sujet et proposent des solutions concrètes — comme les shorts menstruels, arrivés récemment dans l'équipement des coureuses.
Ce n'est pas anodin. C'est le signe que quelque chose change.
L’aménorrhée, la disparition des règles.
Souvent banalisée. Parfois même perçue comme un avantage — "moins de contraintes, plus de liberté". Sauf que ce signal-là, le corps ne l'envoie pas par générosité.
Il l'envoie parce qu'il s'épuise.
Dans un environnement où la performance est reine, certains signaux d'alerte sont ignorés jusqu'à ce qu'ils deviennent impossibles à rattraper. L'aménorrhée en fait partie. Ce n'est pas le corps qui s'adapte. C'est le corps qui crie — doucement, puis de plus en plus fort.
Restons vigilants. Toutes et tous.
Crédit : Nike
Repenser la performance
Rester performante ne veut pas dire rester rigide. Ça peut vouloir dire une pratique plus connectée à ce que le corps traverse réellement.
Plus lucide sur ses cycles, ses phases, ses besoins.
Une performance qui ne se mesure plus seulement en chronos, mais en capacité à durer.
Parce que courir, ce n'est pas avancer contre son corps. C'est apprendre à avancer avec lui.
Ce qu'il faut retenir
Le cycle menstruel n'est pas un sujet "à part". C'est un paramètre à part entière, au même titre que la fatigue, la nutrition, le sommeil.
La vraie progression commence peut-être là : quand on arrête de chercher à lisser le corps, et qu'on commence enfin à le comprendre.
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