Diagonale des Fous : pourquoi cette édition a rebattu les cartes de l’ultra ?
Pour sa 34e édition, la Diagonale des Fous nous a réservé bon nombre de surprises. Un parcours remanié avec 181 kilomètres au compteur et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. La course a su aussi attirer un plateau élite d’une densité qui n’avait rien à envier aux ultras les plus prestigieux du monde. La Diag 2026 promettait de la difficulté, des batailles et beaucoup de dégâts. Elle a clairement tenu ses promesses. Entre les abandons, la démonstration de force d’Hugo Deck et des chronos que peu imaginaient possibles sur ce tracé, cette édition raconte aussi quelque chose de l’évolution actuelle de l’ultra-trail.
Un parcours où il ne suffit plus d’être un excellent technicien
Sur les premiers kilomètres, la course détonne avec ce qui attend les raiders. Beaucoup de portions roulantes, de la route et un début de course rapide jusqu’à l’approche des premières grosses difficultés.
Puis le décor change brutalement, sans sommation. Le terrain devient beaucoup plus technique, la boue complique les appuis et le moral et l’entrée dans Mafate arrive avec des organismes qui ont déjà encaissé plusieurs heures de course.
Gautier Airiau l’a vécu de l’intérieur «sans bâtons, les contraintes musculaires et articulaires prennent encore une autre dimension»
Cette succession de terrains a surtout confirmé une tendance qui dépasse la seule Diagonale : les meilleurs ultra-traileurs deviennent de plus en plus complets.
Ludovic Collet le résume simplement «Aujourd’hui, il ne faut plus de défaut»
Les coureurs très rapides ont énormément progressé techniquement, les spécialistes de la montagne ont dû, eux, développer leur vitesse.
Sur cette Diagonale, la différence s’est aussi faite dans la capacité à courir longtemps sur les portions où, quelques années plus tôt, beaucoup auraient marché.
Cette évolution explique en partie la violence de la course. Avec autant de prétendants capables de courir vite, de grimper fort et de descendre techniquement, les erreurs de pacing se paient immédiatement.
“La nutrition devait aussi s’adapter au parcours”
Dans cette montée en puissance de l’ultra, la nutrition est devenue un vrai levier de performance. Sur une course comme la Diagonale, il ne suffit plus de viser un certain nombre de glucides par heure, il faut aussi réussir à absorber, s’hydrater et compenser les pertes malgré la chaleur, l’humidité et la durée de l’effort.
Gautier Airiau l’a particulièrement ressenti cette année « Ce qui m’a assez marqué, c’est cette chaleur qui arrive d’un coup à Hell-Bourg. On arrive et puis, d’un coup, il fait tout de suite lourd et on sue énormément »
Plus loin dans Mafate, le contraste devient encore plus brutal « la chaleur qu’il fait au fond de ce cirque, c’est hallucinant. »
Pour affronter de telles conditions sa stratégie (avec Impulse Nutrition*) reposait notamment sur un apport situé autour de 60 à 80 grammes de glucides par heure en début de course, avec une grande partie du temps autour de 80 g/h.
Il combinait boisson d’effort isotonique saveur menthe et gels Impulse Nutrition au goût neutre afin de répartir les apports, avec 30 g de glucides par gel et 34 g par boisson. Cela permet d’avoir des apports énergétiques progressifs et stables pour soutenir l’effort et maintenir la performance. Le ratio 1:0,8 (glucose/fructose) optimise également l’apport énergétique.
Sur une course comme le Grand Raid, il est aussi essentiel de surveiller tout particulièrement son hydratation et ses électrolytes pour compenser les pertes liées à la transpiration et limiter les déséquilibres qui peuvent apparaître après plusieurs heures d’effort, notamment lorsque la chaleur et l’humidité augmentent fortement.
Sur 180 kilomètres, la tolérance digestive devient presque aussi importante que la quantité ingérée. Il faut réussir à continuer à boire et à manger lorsque la chaleur monte, que la fatigue s’installe et que le goût sucré devient plus difficile à supporter. Gautier souligne notamment l’intérêt qu’il trouve aux saveurs peu marquées et à la boisson mentholée lorsqu’il fait chaud.
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Hugo Deck patient mais pas passif
Pendant que Vincent Esmiol prend rapidement les commandes et creuse jusqu’à une vingtaine de minutes d’avance, Hugo Deck ne s’affole pas.
Il reste suffisamment proche pour garder la course sous contrôle, sans chercher à combler immédiatement l’écart. Une forme de patience, sans jamais tomber dans l’attentisme.
Puis la course bascule.
A mafate, lorsque le terrain devient plus technique et le climat moins clément, Hugo commence à revenir.
Au Maïdo, son passage est tellement rapide que même les camerunners peinent à suivre.
À partir de là, il ne lâche plus rien.
Le plus impressionnant reste peut-être le chrono. Avant le départ, passer sous les 23h30 sur ce nouveau parcours paraissait déjà inaccessible. Hugo Deck termine finalement en 22h54min20s
A l’image du chrono de Ben Dhiman sur l’UTMB 2026, cette performance en dit long sur l’évolution actuelle de l’ultra-trail. Les meilleurs courent de plus en plus vite, tout en étant capables de conserver cette vitesse sur des terrains extrêmement techniques et après vingt heures d’effort.
Hugo Deck avait déjà montré qu’il pouvait jouer devant sur les plus grandes courses. À La Réunion, il franchit encore un cap.
Sa victoire sur la Diagonale des Fous ne ressemble plus seulement à celle d’un très bon Français capable de réussir un grand jour.
Avec une performance de cette dimension, il envoie un message beaucoup plus clair : il faudra désormais le compter parmi les athlètes capables de se battre avec les meilleurs mondiaux.