Tom Evans : « Pour gagner l’UTMB, j’ai dû arrêter de chercher la perfection »

Avant de gagner l'UTMB en 2025, Tom Evans a connu deux abandons et une obsession qui a duré des années.

Pour arrivée à décrocher cette victoire tant désirée, il a surtout changé sa façon de penser l'entraînement. Moins de séances rajoutées « au cas où », plus de récupération, et une question qui a fini par passer devant toutes les autres : de combien d'entraînement a-t-on vraiment besoin pour performer ?

On l'a reçu à Chamonix cet été, pour comprendre ce qui se passe dans la tête de Tom Evans.

“L’UTMB était devenu une obsession”

Après sa troisième place en 2022, Tom Evans imagine assez naturellement la suite.

Il avait terminé troisième de la Western States en 2019 avant de gagner lors de sa participation suivante. Lorsqu’il monte sur le podium dès son premier UTMB, il pense pouvoir reproduire le même scénario à Chamonix.

Mais la montagne alpine va en décider autrement.

Deux abandons suivent. Deux années difficiles à accepter pour un athlète qui se sent pourtant plus fort et mieux préparé.

« Bienvenue sur un 100 miles. Parfois, il te frappe en plein visage », résume-t-il au micro du podcast.

Entre son abandon de 2024 et le départ de l’UTMB 2025, Tom estime avoir pensé à la course une dizaine de fois par jour. Le mot « obsession » ne lui paraît pas exagéré. Il avait le sentiment d’avoir quelque chose à terminer avec cette course.

Mais cette dernière préparation va aussi coïncider avec un changement majeur dans sa vie : la naissance de sa fille, Phoebe, quatre mois avant l’UTMB.

Son temps devient plus précieux. Lorsqu’une heure est disponible pour s’entraîner, il faut l’utiliser pleinement. Plus question de repousser une séance ou de laisser traîner le départ.

Cette contrainte va finalement l’aider à mieux définir ce qui compte vraiment.

« Quel est le minimum d’entraînement dont j’ai besoin pour gagner ? »

Dans un sport où les semaines à gros volume sont largement exposées sur Strava, Tom Evans défend aujourd’hui une approche assez différente.

Il comprend facilement le raisonnement qui pousse un athlète à toujours en faire davantage : si 140 kilomètres par semaine permettent de terminer cinquième, pourquoi ne pas passer à 160 pour espérer terminer troisième ?

Son équipe part d’une autre question.

« Quel est le minimum d’entraînement dont j’ai besoin pour gagner ces courses ? »

Tom ne prétend évidemment pas préparer un ultra avec peu de volume. Certaines périodes imposent beaucoup d’heures dehors. Mais son entraînement est fortement périodisé et la récupération occupe une place centrale dans sa programmation.

Sommeil, nutrition, hydratation, méditation, journées sans courir : Tom Evans considère aujourd’hui ces moments avec la même attention que ses séances.

Il entraîne lui-même plusieurs athlètes professionnelles et leur impose notamment une journée totalement sans entraînement toutes les deux semaines.

Une évidence sur le papier, beaucoup moins dans la réalité du haut niveau.

« Il y aura des athlètes sur la ligne de départ de l’UTMB qui ne se souviendront même plus de la dernière fois où ils ont pris une journée de repos. »

Pour lui, la récupération ne permet pas seulement de mieux encaisser les séances. Elle permet aussi de conserver l’envie.

Et lorsqu’il se retrouve à quatre heures du matin dans l’ascension du Grand Col Ferret, épuisé, il estime qu’un souvenir heureux avec sa fille peut lui apporter davantage qu’une sortie supplémentaire ajoutée quelques semaines plus tôt à son programme.

Gagner en abandonnant la recherche de perfection

La paternité a surtout modifié le rapport de Tom à l’entraînement.

Avant, une séance devait être réalisée comme prévu. Dans les meilleures conditions possibles. Si elle ne pouvait pas être parfaite, la frustration prenait rapidement le dessus.

Aujourd’hui, il accepte beaucoup plus facilement de composer avec la vraie vie.

Une heure de course peut se faire avec une poussette. Une sortie longue peut devenir une grande randonnée avec sa fille dans un porte-bébé. Ce ne sera peut-être pas exactement la séance imaginée, mais il considère pouvoir en conserver l’essentiel tout en passant du temps avec elle.

Cette évolution pourrait sembler anecdotique chez un athlète qui cherche à gagner la course la plus compétitive de sa discipline. Tom Evans y voit au contraire une partie de l’explication de sa victoire.

Durant l’été 2025, il affirme avoir travaillé plus dur que jamais. Mais il dit aussi ne s’être jamais autant amusé pendant une préparation.

À Chamonix, sa famille était présente. Il s’entraînait énormément, connaissait certaines portions du parcours presque pierre par pierre, mais allait aussi se promener, manger une glace et profiter de la vallée avec ses proches.

« Il n’existe pas de perfection sur une course de vingt heures », rappelle-t-il.

On pourrait toujours courir un kilomètre supplémentaire. Ajouter une séance. Améliorer un détail.

À un moment, il faut aussi accepter que la course reste une partie de la vie.

Cette année-là, Tom Evans a trouvé son équilibre. Quelques semaines plus tard, il gagnait enfin l’UTMB.

Et l’histoire avec Chamonix n’est probablement pas terminée. S’il est en bonne santé, Tom Evans l’annonce déjà : son ambition est d’être de nouveau sur la ligne de départ de l’UTMB l’an prochain.

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