LE MARATHON DU MONT-BLANC : LÀ OÙ LE TRAIL RESTE UNE COURSE

Cette année, ils étaient des dizaines de milliers à vouloir un dossard sur l’une des courses du marathon du Mont-Blanc. Pourtant, il ne seront que 10 000 au départ.

Le Marathon du Mont-Blanc aurait pu grandir, multiplier les distances, courir après les records de participation comme tant d'autres.

Il a choisi l'inverse et c'est précisément ce refus qui, près d'un demi-siècle après le premier Cross, continue d'attirer les meilleurs coureurs du monde à Chamonix.

Récit d’un weekend hors normes au coeur de Chamonix .

©Morgan_Bodet_42KM_

Ici, le trail n'a jamais oublié qu'il était une course à pied

Vendredi 26 juin, 4h45.

1000 coureurs s'élancent dans la nuit depuis la place du Triangle de l'Amitié, frontale allumée, pour boucler un tour complet de la vallée de Chamonix. À la même heure, ailleurs, des milliers d'autres auraient donné cher pour être à leur place. Car ici, le dossard se mérite.

À l'heure où le trail court toujours plus loin et toujours plus longtemps, le Marathon du Mont-Blanc défend une idée qui va à contre-courant. Le nombre de places reste plafonné à 10 000, réparties sur une dizaine d'épreuves, du mini-cross au 90 km, et la demande dépasse de très loin ce que l'organisation accepte de délivrer.

Ce plafond n'existe pas pour fabriquer de la rareté. Il traduit un choix assumé par le Club des Sports de Chamonix : préserver la vallée, préserver l'identité de la course, faire primer la qualité sur la quantité. Cette philosophie irrigue toute l'organisation, et elle explique la place à part qu'occupe l'événement dans le calendrier international.

Crédit : Marathon Mont Blanc ©Morgan_Bodet_

Ici, le trail n'a jamais oublié qu'il était une course à pied

C'est peut-être ce qui distingue le plus le Marathon du Mont-Blanc. Avant d'être un festival du trail, il est l'héritier du Cross du Mont-Blanc, né en 1979, le Club des Sports de Chamonix en a repris l'organisation en 1984. Une course de montagne où l'on venait chercher la performance, battre son temps de l'année précédente, courir du départ à l'arrivée.

Fred Comte, directeur du Club des Sports de Chamonix, le résume à sa manière : le Marathon du Mont-Blanc est né d'une culture de la performance, celle de l'athlète complet, capable de grimper vite, de descendre vite, mais aussi de courir vite sur les portions roulantes.

C'est cette exigence qui fait encore la réputation du 23 km, le format historique. Sur ce parcours, un point faible ne se cache pas. Les meilleurs grimpeurs doivent savoir relancer sur le plat, les plus rapides maîtriser la technique, les meilleurs descendeurs garder des jambes pour accélérer dans les derniers kilomètres.

L'édition 2026 en a offert la démonstration parfaite. Le 23 km n'a pas été remporté par un pur spécialiste de la montagne, mais par Benjamin Polin de la team New Balance, un routier (champion de France de marathon, vainqueur du marathon d'Annecy quelques semaines plus tôt) venu poser 2h06'17 sur 1 680 mètres de dénivelé, devant l'Espagnol Lluís Puigvert Palacios et le Suisse Nathan Wanner, les trois hommes tenant en un peu plus d'une minute. Chez les femmes, la Suissesse Oria Liaci s'est imposée en 2h26'21 après avoir haussé le rythme dans la dernière partie montante. Difficile de mieux illustrer ce que réclame Chamonix : pas une qualité, mais toutes à la fois.

MMB2026_23KM_(c)DavidGonthier

Le 42 km : le rendez-vous des meilleurs spécialistes de la montagne

Dans la continuité du Cross, le 42 km est devenu l'un des rendez-vous majeurs de la course en montagne, et le plateau 2026 rassemblait quelques-uns des meilleurs mondiaux. Le retour de Rémi Bonnet, absent en 2025 sur blessure, a rappelé pourquoi la course reste une référence pour les grimpeurs de la planète. Le Suisse a attendu la sortie de Vallorcine pour porter son accélération, puis creusé dans la montée de la Flégère pour verrouiller la descente finale. Il s'impose en 3h33'14, devant un Frédéric Tranchand accroché jusqu'au bout (3h35'44) et l'Espagnol Manuel Merillas. Le tenant du titre Davide Magnini, lui, a renoncé en cours de route.

Mais la performance de la journée est venue d'ailleurs. Chez les femmes, Tove Alexandersson n'a laissé aucun doute : partie devant, seule, elle a bouclé les 42 km en 3h55'07. Première femme sous les quatre heures sur ce parcours, onzième au classement scratch, elle a franchi la ligne avant le premier homme, pourtant parti trente minutes après elle. La Norvégienne Ida Amelie Robsahm et la Britannique Naomi Lang complètent un podium relégué à plus de vingt minutes. Ce jour-là, elle courait une autre course que le reste du plateau.

Le 90 km, l'ultra selon Chamonix

Le 90 km est venu compléter le programme en 2013. Il n'a jamais été pensé comme une réponse à l'UTMB. Fred Comte revendique un format plus court que les grands 100 miles, mais d'une exigence technique rare : un tour complet de la vallée, une journée entière de montagne, du lever du soleil au retour à Chamonix.

L'édition 2026 a tenu cette promesse jusqu'à l'épuisement. Pendant près de sept heures, un trio est resté soudé sur les portions les plus techniques : Louison Coiffet, l'Américain Ben Dhiman et l'Italien Cristian Minoggio, les écarts se comptant en secondes. Le tournant est venu après le Montenvers. Coiffet, deuxième ici en 2023 et qui s'était juré de ne pas finir une seconde fois à cette place, a accéléré au Plan de l'Aiguille pour s'imposer en 9h37'22. Ben Dhiman a franchi la ligne quarante secondes plus tard, Minoggio quatre minutes derrière. Le quatrième est arrivé à plus de vingt-cinq minutes : tout s'était joué devant.

Chez les femmes, la course a pris une couleur particulière. Candice Fertin-Baccon de la Team New Balance, Chamoniarde, courait chez elle, sur un terrain qu'elle connaît par cœur et signait son tout premier ultra-trail.

Elle l'a remporté en 11h53'31, vingt-quatrième au scratch, devant Audrey Tanguy et la russe Ekaterina Mityaeva. Une victoire à la maison, pour une première, qui confirme l'émergence d'une génération d'athlètes françaises.

Cette édition avait aussi son émotion. Le retour de Xavier Thévenard, double vainqueur du 90 km et triple lauréat de l'UTMB, éloigné des dossards par la maladie de Lyme, valait bien plus qu'un classement.

Sa seule présence sur la ligne, à 4h45, a suffi à remplir de bonheur les passionnés.

New Balance et le Marathon du Mont-Blanc : une rencontre de philosophies

Quand New Balance est devenu partenaire titre du Marathon du Mont-Blanc en 2025, pour 5 ans, beaucoup n'y ont vu qu'un changement de sponsor après vingt années de collaboration avec Salomon. Pour Fred Comte, l'histoire est autre.

Le Club des Sports de Chamonix est une association fondée en 1905. New Balance est née en 1906. Deux structures plus que centenaires qui revendiquent la même manière de construire dans le temps long.

Ce qui a convaincu les organisateurs, ce n'est pas la dimension internationale de la marque, mais son fonctionnement : une entreprise toujours détenue par la même famille, non cotée en Bourse, avec laquelle la discussion s'est nouée autour de convictions plutôt que de chiffres. Après plusieurs heures d'échange, le constat de Comte tenait en une phrase : « Ces gens pensent comme nous. »

Cette proximité se lit dans la manière dont le partenariat est pensé. Plutôt que le spectaculaire, New Balance accompagne une ambition d'expérience : diffusion en direct enrichie, le 42 km était retransmis sur Youtube, meilleure mise en valeur des élites, développement des courses jeunes, investissements au service de l'événement plutôt que de la démonstration marketing.

Plus qu'une course, une vision du trail

Le Marathon du Mont-Blanc ne cherche pas à devenir la plus grande course du monde. Il ne multiplie pas les distances, ne court pas au gigantisme. Il préfère limiter les dossards plutôt que dégrader l'expérience, laisser la montagne imposer ses règles, garder la performance au cœur du projet.

Et c'est là le vrai paradoxe. Près d'un demi-siècle après le premier Cross, ce qui continue d'attirer les meilleurs du monde à Chamonix, ce n'est pas ce que la course est devenue. C'est tout ce qu'elle a refusé de devenir.

Candice FERTIN BACCON_MMB2026_90KM_(c)DavidGonthier

Le 100 miles, mais pas tout de suite

Vendredi à Chamonix, beaucoup voulaient déjà parler d'UTMB.

Sa réponse est plus mesurée. Le 100 miles, c'est un objectif depuis longtemps. Le 100 km était censé être un intermédiaire. Sauf qu'il y prend trop de plaisir pour s'en arracher tout de suite.

Fin août, il va découvrir la TDS. Un format intermédiaire entre ses 100 km actuels et le 100 miles qui l'attend.

"Mentalement, je suis prêt. Physiologiquement, je ne suis pas inquiet. Mais mécaniquement, on rajoute soixante-dix bornes. C'est quasiment le double. Tant qu'on n'a pas fait, on ne sait pas ce qui va nous manquer."

C'est probablement la phrase la plus mature de tout l'entretien. À 26 ans, vainqueur d'une des courses les plus relevées de la saison française, il pourrait s'autoriser à projeter, à promettre, à occuper l'espace médiatique avec une ambition affichée pour l'UTMB.

Il préfère dire qu'il ne sait pas encore. Et qu'il ira voir.

Vendredi soir, Louison Coiffé a remporté le 90 km du Mont-Blanc en franchissant la ligne sans relâcher, parce qu'il avait compris que la course n'était pas finie tant qu'il n'avait pas franchi la ligne.

C'est peut-être ça, au fond, la vraie maturité d'un coureur. Savoir qu'aucune avance n'est acquise, qu'aucune spécialité ne suffit, et qu'aucune victoire ne dispense de continuer à apprendre.

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Louison Coiffet se livre sur les coulisses de sa victoire