Louison Coiffet se livre sur les coulisses de sa victoire

Pendant 9h37, Louison Coiffet a livré l'une des courses les plus intenses de sa carrière. Derrière cette victoire sur le 90 km du Mont-Blanc se cachent pourtant des choix, des doutes et un moment où tout a failli basculer.

24H après son arrivée, il nous a raconté sa course, de l'intérieur.

Une course de cœur

En 2023, sur cette même course, Louison Coiffé avait passé la ligne deuxième, battu au par un certain Germain Grangier. Trois ans plus tard, il revient. Et il sait pourquoi cette course-là est différente des autres.

"C'est une course qui a une place spéciale dans ma tête. C'est la course où j'ai découvert un peu la longue distance, où j'ai fait ma première performance reconnue. Du coup, je revenais sur une course de cœur."

Avec un scénario qui, dit-il, lui donne maintenant "une saveur particulière".

Saveur particulière, c'est la formule polie. La vérité, c'est qu'il a fallu courir vite. Très vite. Et tenir jusqu'au bout face à un coureur qui revenait sans cesse.

Crédit : Marathon Mont Blanc ©Morgan_Bodet_

Une course stratosphérique

Dmitry Mityaev donne le ton dès la première montée. Puis Cristian Minoggio prend les commandes, accompagné de Louison Coiffet et Vincent Esmiol.

Très vite, une évidence s'impose : tout le monde est en avance sur ses propres temps de passage.

Pourtant, Louison refuse de se laisser aspirer par l'emballement général.

Il suit une autre boussole. « J'avais mes temps de passage. J'avais mon cardio au début. J'aime pas faire tout au cardio, mais en début de course, c'est important. Sinon, on a vite fait de s'emballer. »

Pour lui, le cardio n'est pas un moteur, c'est un garde-fou.

Une façon de résister à l'euphorie des premiers kilomètres et de rester fidèle à son plan, même lorsque la course semble partir plus vite que prévu.

Au fil des kilomètres, le groupe de tête s'écrème. Au 50e kilomètre, ils ne sont plus que trois, Cristian Minoggio, Ben Dhiman et Louison Coiffet.

Trois hommes, vingt kilomètres à se rendre coup pour coup, sans qu'aucun ne parvienne à faire craquer les deux autres.

Le moment où il aurait pu craquer

Entre Le Tour et Les Bois, Ben Dhiman lance son offensive.

Exactement comme il l'avait imaginé.

Sur les sections roulantes, il hausse le rythme. Son objectif est simple : user Louison avant les dernières montées et, surtout, avant les descentes.

Et pendant quelques kilomètres, son plan fonctionne.

Louison perd le contact visuel et l'écart grimpe jusqu'à une minute trente.

Le long du sentier, son équipe est là. À chaque point de passage, le même message revient : « Une minute. Une minute. Ça ne bouge pas. »

Encore.

Puis encore.

L'écart ne grandit plus.

À cet instant, Louison comprend que la course n'est pas en train de lui échapper.

Elle est simplement en train d'attendre son terrain. Le Montenvers approche et le Montenvers, c'est de la montée.

« En montée, je ne payais pas l'effort. Et en plus, c'est plutôt mon point fort. Je me suis dit : joue tout sur le Montenvers et on verra. »

Il attaque, il revient, il reprend la tête.

Cette fois, il ne la rendra plus.

Crédit : Marathon Mont Blanc ©Morgan_Bodet_

Le skyrunner qui s'est mis au plat

Pour comprendre pourquoi cette victoire est différente de celles qu'on lui prédisait, il faut regarder ce que Louison Coiffé a fait pendant les deux derniers hivers.

Ses deux dernières prépas creuses, il a travaillé son point faible. Le plat.

Pas un marathon de préparation en début de saison, comme certains. Pas une bascule complète vers la route. Mais une vraie attention portée à un terrain qu'il évitait par tempérament. "C'est pas trop ma tasse de thé. Mais comme il faut être de plus en plus polyvalent, c'est un bras de levier que je vais investiguer."

La musculation aussi, qu’il a intégrée régulièrement depuis 2024.

"Big up à ma samba qui nous fait même prendre un peu du haut du corps."

Il a aussi fait son premier stage en altitude cet hiver. Pour un coureur qui s'entraîne à 2500-3000 mètres depuis des années, ça paraît absurde. C'est pourtant une démarche très claire : ne pas se contenter de l'exposition naturelle, mesurer, calibrer, structurer.


Faire confiance à ce qu'on ne voit pas

Une chose intéressante dans sa préparation, c'est qu'elle n'a pas fonctionné selon ses propres marqueurs habituels.

"Sur les efforts courts, mon étalon habituel, je me sentais moins fort. Par contre, sur toutes les séances spécifiques allure 90 km, je me sentais vraiment, vraiment mieux qu'en 2023. Il y avait cette ambivalence."

Plus on progresse, moins les sensations brutes suffisent. Les bénéfices d'un entraînement de haut niveau se construisent en silence, et ne se révèlent qu'à la course. Il faut accepter de ne pas tout voir. De ne pas tout comprendre. De faire confiance à son équipe quand le ressenti du jour ne dit pas grand-chose.

C'est probablement ce qui sépare aujourd'hui un bon coureur d'un très grand coureur. La capacité à ne pas paniquer quand l'étalon habituel ne donne plus de signal lisible.

Louison Coiffé n'a pas paniqué. Et c'est en partie pour ça qu'il a gagné.

Crédit : Marathon Mont Blanc ©Morgan_Bodet_

Le 100 miles, mais pas tout de suite

Vendredi à Chamonix, beaucoup voulaient déjà parler d'UTMB.

Sa réponse est plus mesurée. Le 100 miles, c'est un objectif depuis longtemps. Le 100 km était censé être un intermédiaire. Sauf qu'il y prend trop de plaisir pour s'en arracher tout de suite.

Fin août, il va découvrir la TDS. Un format intermédiaire entre ses 100 km actuels et le 100 miles qui l'attend.

"Mentalement, je suis prêt. Physiologiquement, je ne suis pas inquiet. Mais mécaniquement, on rajoute soixante-dix bornes. C'est quasiment le double. Tant qu'on n'a pas fait, on ne sait pas ce qui va nous manquer."

C'est probablement la phrase la plus mature de tout l'entretien. À 26 ans, vainqueur d'une des courses les plus relevées de la saison française, il pourrait s'autoriser à projeter, à promettre, à occuper l'espace médiatique avec une ambition affichée pour l'UTMB.

Il préfère dire qu'il ne sait pas encore. Et qu'il ira voir.

Vendredi soir, Louison Coiffé a remporté le 90 km du Mont-Blanc en franchissant la ligne sans relâcher, parce qu'il avait compris que la course n'était pas finie tant qu'il n'avait pas franchi la ligne.

C'est peut-être ça, au fond, la vraie maturité d'un coureur. Savoir qu'aucune avance n'est acquise, qu'aucune spécialité ne suffit, et qu'aucune victoire ne dispense de continuer à apprendre.

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