Après un cancer à 22 ans, Lou s’est accrochée à son rêve de Marathon de Paris

À 17 ans, Lou commence à courir presque par hasard pendant le confinement. Quelques kilomètres pour se vider la tête, puis une habitude qui s’installe. Avec le temps, les sorties deviennent plus longues, les objectifs aussi.

Au printemps 2025, elle termine son premier semi-marathon à Nice. Dans la foulée, elle prend un dossard pour le Marathon de Paris.

Une course qu’elle regarde depuis des années à la télévision avec cette idée en tête : un jour, ce sera moi.

Elle ignore encore que quelques semaines plus tard, sa vie va basculer.

Deux ganglions, puis 8 mois d’incertitude

En novembre 2024, Lou remarque deux petits ganglions dans son cou. Elle a 21 ans, se sent en pleine forme, continue à courir et ne présente aucun autre symptôme particulier.

Les premiers examens ne permettent pas vraiment de comprendre ce qui se passe.

Les mois passent.

Prises de sang, échographie, rendez-vous en hématologie, TEP Scan, puis une première biopsie qui ne donne rien. Malgré cette succession d’examens, Lou continue sa vie presque normalement.

Elle court même son semi-marathon quelques jours après un rendez-vous où son médecin lui annonce qu’une nouvelle biopsie sera nécessaire.

Le 17 juillet 2025, le diagnostic tombe enfin : un lymphome de Hodgkin.

« Dans ma tête, il n’y a que le mot cancer. » explique Lou. Après 8 mois d’incertitude, elle ressent pourtant aussi une forme de soulagement. La maladie a enfin un nom. Son médecin lui explique qu’elle se soigne et Lou s’accroche immédiatement à cette perspective.

Quelques semaines plus tard, un nouveau TEP Scan montre que la maladie a progressé.

Lou est désormais au stade 4 et pour la première fois, elle commence à avoir peur de ne pas s’en sortir.

Quand monter un escalier devient un effort

Le traitement commence à la fin du mois d’août. 3 jours d’hospitalisation toutes les 3 semaines, avec chimiothérapie et immunothérapie.

Très vite, Lou découvre ce que son corps va devoir encaisser. Après le premier cycle, monter les marches de l’escalier lui paraît presque impossible.

Elle passe plusieurs jours au lit, fait des malaises et doit parfois être soutenue par ses parents simplement pour marcher une quinzaine de minutes.

Le marathon, lui, reste quelque part dans sa tête.

Mais pour la première fois, elle se demande si elle n’a pas visé trop haut.

« J’essaye de m’accrocher à ce marathon quand même, mais je sais pas où ça va me mener. » nous raconte Lou.

Quelques jours plus tard, une infirmière lui pose une question presque anodine : Pourquoi n’a-t-elle pas repris la course ?

L’infirmière est elle-même triathlète et l’encourage à recommencer progressivement.

Le soir même, Lou ressort avec sa mère et elle décide de marcher, puis courir à nouveau.

Les sensations sont loin de celles d’avant, mais elle court et à ce moment-là, c’est déjà énorme.

Un 5 Km pour recommencer à y croire

Après 2 cycles de traitement, le TEP scan apporte enfin une bonne nouvelle : la maladie ne présente plus de signe visible à l’examen.

Lou est en rémission complète.

2 cycles de chimiothérapie restent nécessaires pour consolider le traitement, mais dans sa tête, quelque chose change.

Le Marathon de Paris redevient possible.

2 jours après l’annonce, elle prend le départ d’un 5 kilomètres auquel l’infirmière l’avait encouragée à s’inscrire.

Quelques semaines auparavant, ses parents devaient parfois lui tenir le bras pour marcher.

Cette fois, elle franchit une ligne d’arrivée « Même si ce n’est que cinq kilomètres, ça me donne énormément d’espoir pour le marathon. »

Les 2 derniers cycles seront pourtant les plus difficiles. Son corps supporte de moins en moins bien la chimiothérapie. Elle termine son traitement le 2 novembre et doit encore être transfusée quelques jours plus tard.

Le 22 décembre, elle commence malgré tout sa préparation marathon.

16 semaines, 4 séances de course, 2 séances de renfo et un corps qu’il faut presque réapprendre à connaître.

Réapprendre à courir

Au début, les footings sont frustrants. Lou court moins vite qu’avant et sa fréquence cardiaque grimpe très rapidement.

Certains jours, elle mesure tout ce qu’elle a perdu en quelques mois. D’autres, elle réalise simplement la chance qu’elle a de pouvoir courir.

Petit à petit, les sensations reviennent.

La fréquence cardiaque baisse, les séances deviennent plus faciles. Elle retrouve son travail, sa vie à Antibes et ses footings au bord de la mer.

Fin février, elle court le semi-marathon de Cannes et elle oublie sa montre.

Ce qui aurait pu devenir une source de panique se transforme finalement en expérience presque idéale : elle court aux sensations, profite de la course et termine avec l’impression qu’elle aurait encore pu continuer.

Pour la première fois depuis longtemps, le marathon ne ressemble plus seulement à un rêve.

10 jours avant Paris, tout peut encore s’arrêter

Début avril, Lou retourne au CHU de Nice pour son premier contrôle après sa rémission.

Elle raconte à son hématologue qu’elle va courir le Marathon de Paris dix jours plus tard.

La réaction du médecin la refroidit immédiatement. Il souhaite qu’elle consulte un cardiologue avant de prendre le départ.

À quelques jours de la course, Lou doit donc encore attendre un feu vert médical.

Elle parvient finalement à obtenir un rendez-vous et heuresement son cœur va bien, elle peut courir !

4 jours plus tard, elle récupère son dossard à Paris et cette fois, plus rien ne sépare vraiment Lou de la ligne de départ.

« Ça y est, je vais devenir marathonienne »

Le dimanche matin, Lou s’élance sur les Champs-Élysées.

Elle ne cherche pas de chrono, juste aller au bout.

Les kilomètres passent mieux qu’elle ne l’avait imaginé. Sa famille apparaît plusieurs fois sur le parcours. Des amis viennent courir quelques kilomètres avec elle. Des inconnus qui ont suivi son histoire sur les réseaux la reconnaissent et l’encouragent.

Au 30e kilomètre, le fameux mur n’arrive pas.

Au 36e, les jambes deviennent lourdes, mais elle continue.

Puis viennent les derniers mètres et à 500 mètres de l’arrivée, Lou comprend enfin ce qui est en train de se passer.

« Je commence à réaliser que je vais le faire et que je vais devenir marathonienne. ». Alors elle accélère, elle pleure et quelques instants plus tard, elle franchit la ligne avenue Foch.

« Ce moment, le finish avec tous les supporters, c’était le plus beau moment de toute ma vie. »

Un autre regard sur son corps

Après la maladie, Lou ne regarde plus son corps de la même manière. elle pouvait ne pas aimer certaines parties de son physique ou se trouver mauvaise sur une photo.

Aujourd’hui, son regard s’est déplacé.

Elle pense aux séances courues pendant les traitements. Aux mois de préparation, aux 42,195 kilomètres parcourus après tout ce que son organisme venait de traverser.

« Mon corps, même s’il n’est pas parfait, je trouve ça fou de me dire qu’il arrive à me suivre dans tout ce que je veux faire. »

Le cancer lui a pris une partie de son insouciance mais il ne lui a pas pris son envie de courir.

Et ce marathon qu’elle regardait autrefois à la télévision restera probablement longtemps plus qu’une ligne dans son historique Strava.

Quelques mois auparavant, monter un escalier lui semblait insurmontable.

Ce dimanche-là, Lou a couru 42,195 kilomètres.


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