« J’avais honte qu’on me voie courir » Cécile Wolfrom, de 89 kg à 2e dauphine de Miss France

Au début, Cécile Wolfrom ne courait parfois que dix minutes.

Elle s’arrêtait lorsqu’elle croisait quelqu’un qu’elle connaissait.

« Dès que je croisais quelqu’un de mon quartier : allez, demi-tour. Je me disais : je ne prends pas le risque d’en croiser deux. »

Elle avait peur d’être vue essoufflée, rouge, transpirante. Peur aussi que quelqu’un reconnaisse dans cette coureuse débutante la jeune femme qu’il avait connue quelques années auparavant.

Aujourd’hui, Cécile prépare des semi-marathons, partage publiquement ses allures et revendique même le droit de courir lentement.

Entre les deux, il y a évidemment des kilos perdus. Mais réduire son histoire à une transformation physique passerait à côté de l’essentiel.

Il y a surtout une jeune femme qui a dû apprendre à ne plus construire sa vie autour du regard des autres.

Pour raconter ce parcours, nous avons reçu Cécile Wolfrom dans Dans la Tête d’un Coureur.

Quand tout commence à déraper

Cécile n’a pas toujours été en surpoids. Le basculement intervient pendant sa première année d’études de santé.

Le rythme est intense, les journées sont consacrées presque entièrement au travail et la nourriture devient progressivement un refuge.

« Je pouvais me réveiller le matin à 7 heures et avaler un paquet de Schoko-Bons au petit-déjeuner. À 10 heures, des Kinder Bueno, et à midi des crêpes au Nutella. »

En quelques mois, elle prend environ 25 kilos.

Mais derrière la prise de poids se construit surtout un cercle dont il devient difficile de sortir : travailler, se sentir mal, manger pour trouver un peu de réconfort, culpabiliser, puis recommencer.

« Plus tu grossis, plus tu as envie de te réfugier dans la nourriture parce que tu n’es pas bien dans ta peau. »

Son poids approche alors les 89 kilos. À cela s’ajoutent les soirées étudiantes, l’alcool, la cigarette et un rythme de vie qu’elle décrit aujourd’hui comme profondément déséquilibré.

Puis vient le regard des autres.

D’anciennes connaissances commencent à se moquer de sa prise de poids. Certaines font courir la rumeur qu’elle serait enceinte.

Pour une jeune femme encore en construction, ces remarques laissent des traces.

Cécile se cache davantage.

Et pendant près de deux ans, elle essaie malgré tout de changer.

Sans vraiment y parvenir.

Le déclic n’a pas été de « trouver la motivation »

C’est peut-être l’un des aspects les plus intéressants de son histoire.

Cécile voulait déjà perdre du poids. Elle avait essayé de se restreindre, supprimé certains aliments pendant quelques jours, attendu des résultats rapides.

Puis elle montait sur la balance, quelques centaines de grammes seulement avaient disparu.

La frustration prenait le dessus.

« J’avais l’impression de faire des efforts monstres pendant une semaine et sur la balance, j’avais perdu 50 grammes. Ça me démotivait. »

Le véritable déclic intervient un matin particulièrement difficile, après de nouvelles moqueries.

Cette fois, elle ne décide pas simplement de « se reprendre en main ».

Elle décide de demander de l’aide.

« Je me suis dit : maintenant, stop. J’appelle une diététicienne, je fais quelque chose et je ne veux plus souffrir. »

Cette rencontre change la dynamique. Pour la première fois, elle n’est plus seule face à ses tentatives.

Avec cette professionnelle, elle réorganise progressivement son alimentation, adapte ses portions et surtout transforme la perte de poids en une succession de petites étapes plutôt qu’en un immense objectif à atteindre.

Chaque semaine devient une victoire.

500 grammes.

200 grammes.

Parfois davantage.

Et lorsque la perte de poids finit par stagner pendant plusieurs semaines, l’accompagnement lui permet aussi de ne pas tout abandonner.

“Au début, courir n’avait rien de libérateur”

C’est à ce moment que le sport entre véritablement dans sa vie.

Trois à quatre séances par semaine, des cours collectifs en salle et un peu de course à pied.

Mais contrairement aux histoires de transformation que les réseaux sociaux aiment raconter, Cécile ne tombe pas immédiatement amoureuse du running.

Elle déteste même ses premières sorties.

« Au début, il n’y avait aucun plaisir. J’avais juste envie de mourir. »

Elle tient parfois dix minutes.

Elle est essoufflée.

Elle se sent observée.

Et surtout, elle ne veut croiser personne.

La course à pied n’est alors ni une passion, ni une quête de performance. C’est simplement l’un des outils qu’elle utilise pour essayer de reconstruire quelque chose.

Puis, progressivement, la mécanique s’inverse.

Elle bouge davantage, elle modifie son alimentation, elle réduit fortement l’alcool. Elle fume moins et commence enfin à se sentir mieux.

L’ancien cercle vicieux laisse place à quelque chose de plus positif et le sport, initialement pensé comme un moyen de perdre du poids, commence à devenir autre chose.

De la peur d’être vue à l’envie de prendre un dossard

Quelques années plus tard, difficile d’imaginer la jeune femme qui faisait demi-tour lorsqu’elle croisait quelqu’un.

Cécile participe au concours Miss France, dont elle devient deuxième dauphine. Elle participe ensuite à Pékin Express, développe ses projets professionnels et continue à pratiquer du sport.

Mais la course à pied revient plus tard.

D’abord presque timidement.

À Marseille-Cassis, elle accompagne une amie sur les derniers kilomètres.

Elle découvre alors quelque chose qu’elle connaissait peu : l’ambiance d’une course.

Les spectateurs.

Les encouragements.

Les familles au bord de la route.

Cette sensation étrange de vivre collectivement quelque chose de profondément individuel.

Puis vient son premier véritable 10 kilomètres, sur les Champs-Élysées.

Cette fois, elle porte son propre dossard.

La ligne d’arrivée provoque une émotion qu’aucune allure moyenne ne peut réellement raconter.

« J’étais excessivement fière. J’avais envie de pleurer. Après, j’ai gardé ma médaille toute la journée dans Paris. »

Elle est contaminée.

Quelques semaines plus tard, elle s’inscrit au semi-marathon de Paris.

Trois heures d’effort.

Une expérience difficile, notamment parce qu’elle sous-estime ses besoins en ravitaillement sur une durée aussi longue.

Mais elle termine.

« Moi, ça ne me dérange pas de courir à 8 min/km »

Une nouvelle difficulté apparaît alors : le regard des autres, encore une fois.

Mais cette fois, il ne porte plus sur son poids.

Il porte sur sa vitesse. Sur les réseaux sociaux, Cécile partage ses entraînements et ses courses. Ses allures tournent régulièrement autour de 8 min/km.

Elle ne les cache pas et cela semble étrangement déranger certains internautes.

Quelques commentaires lui expliquent qu’elle ne s’entraîne probablement pas correctement. D’autres remettent en cause sa légitimité de coureuse.

Elle répond avec une simplicité presque désarmante : « J’aimerais aller plus vite, en fait. Mais pour le moment, je n’y arrive pas. »

Et surtout : « Moi, ça ne me dérange pas de courir à huit minutes du kilomètre. Je suis très heureuse avec ça. Pourquoi ça en dérange certains ? »

La question dépasse largement son cas personnel. Car derrière la démocratisation spectaculaire du running se cache parfois une étrange contradiction.

Jamais autant de personnes n’ont couru, mais les réseaux sociaux donnent parallèlement l’impression que courir ne suffit plus.

Il faudrait avoir une allure,un chrono, une montre connectée et un record personnel à afficher.

Une progression suffisamment rapide pour mériter d’être racontée.

Comme si le droit de se considérer comme coureur commençait seulement à partir d’une certaine vitesse.

Une autre manière de parler de performance

C’est peut-être là que l’histoire de Cécile devient réellement intéressante.

Parce qu’elle oblige à déplacer légèrement notre définition de la performance.

Pour certains, courir un 10 kilomètres en moins de 40 minutes représente un accomplissement.

Pour elle, il fut un temps où sortir courir dix minutes sans faire demi-tour représentait déjà une victoire.

Les deux expériences peuvent être radicalement différentes sur le papier.

Mais l’effort, la peur, la fierté ou l’impression de dépasser quelque chose qui semblait inaccessible restent profondément personnels.

C’est aussi ce qui rend la course à pied particulière.

Sur une même ligne de départ peuvent se retrouver un athlète qui cherche quelques secondes sur son record et quelqu’un qui tente simplement de terminer son premier 10 kilomètres.

Ils n’ont ni le même niveau, ni la même histoire.

Mais chacun peut aller chercher quelque chose à la limite de ses propres capacités.

Aujourd’hui, Cécile envisage même un marathon.

Peut-être du trail mais sans aucune urgence.

Elle sait désormais que son parcours sportif n’a pas besoin de ressembler à celui des autres.

Son histoire n’est d’ailleurs pas celle d’une jeune femme qui serait devenue heureuse parce qu’elle a perdu près de 30 kilos.

Elle est plus complexe que cela.

C’est celle d’une personne qui a progressivement appris à demander de l’aide, à modifier son environnement, à retrouver confiance en elle et, surtout, à ne plus laisser le regard extérieur décider de ce qu’elle s’autorise à faire.

Il y a quelques années, elle rentrait chez elle lorsqu’elle croisait quelqu’un pendant son footing.

Aujourd’hui, elle court devant tout le monde.

À son allure.

Suivant
Suivant

Les fonctionnalités cachées de Garmin… que vous ne soupçonnez peut-être pas