“Depuis quand courir un marathon est devenu normal ?”
Il y a quelques années encore, terminer un marathon suffisait à susciter l'admiration.
Aujourd'hui, on entend des phrases comme : "J'ai fait un marathon, mais tranquille.", "c'était qu'un semi.” ou encore "mon chrono n'est pas incroyable."
Comme si courir 42,195 km ou un Trail était devenu une formalité.
Et cette évolution raconte quelque chose de plus profond que le simple succès du running.
Dans ce nouvel épisode de Safe Place, Océane (alias @oceandreaa sur Instagram) et son amie Charlotte (alias @Charlottemartn), toutes les deux créatrices de contenu et runneuses reviennent sur un sujet qui parlera à beaucoup : La banalisation de la performance
Quand l'exploit devient la norme
Le running n'a jamais été aussi populaire.
Jamais il n'a été aussi facile de trouver un plan d'entraînement, de suivre des coureurs sur les réseaux ou de regarder des milliers d'inconnus partager leurs performances sur Strava.
Cette démocratisation a eu un effet formidable. Elle a rendu la pratique accessible.
Voir des gens qui nous ressemblent finir un marathon ou un trail permet de se dire : "pourquoi pas moi ?"
Ce qui semblait autrefois réservé à une élite paraît désormais atteignable.
C'est une excellente nouvelle.
Mais cette démocratisation a aussi produit un effet secondaire qu'on n'avait pas vu venir.
À force de voir des exploits partout, on a commencé à les considérer comme normaux.
Le paradoxe du coureur moderne
On vit dans une époque où les coureurs accomplissent des choses extraordinaires.
Et pourtant, beaucoup ont l'impression de ne jamais en faire assez.
Un premier 10 km ? Pas mal, mais certains courent déjà un marathon. Un premier semi ? Oui, mais d'autres préparent un ultra.
Un marathon ? D'accord, mais en combien de temps ?
La question n'est plus ce qu'on a accompli.
La question devient ce que les autres accomplissent.
Petit à petit, le référentiel se déplace. Et avec lui, notre capacité à apprécier nos propres progrès.
Le piège de la comparaison permanente
Avant les réseaux sociaux, on se comparait à quelques proches.
Aujourd'hui, on a accès à des centaines de profils, de performances, de récits d'exploits.
On sait combien court notre collègue.
Combien de kilomètres accumule une créatrice de contenu.
Combien de temps réalise un inconnu sur 10 km.
Le problème n'est pas l'existence de ces informations.
Le problème, c'est ce qu'elles finissent par nous faire ressentir.
Quand tout le monde semble courir plus vite, plus loin ou plus souvent, il devient facile de croire que ce qu'on fait n'a rien de spécial.
Alors que c'est précisément l'inverse.
Courir un marathon reste exceptionnel
Il faut sortir de la bulle un instant.
Dans le milieu running, terminer un marathon paraît parfois banal.
Dans la vraie vie, ça ne l'est absolument pas.
Pour la grande majorité de la population, courir 42 kilomètres reste quelque chose d'extraordinaire.
Tout comme courir 10 kilomètres sans s'arrêter. Tout comme sortir courir trois fois par semaine. Tout comme remettre un short et des baskets après plusieurs années de sédentarité.
La difficulté, c'est qu'on oublie d'où on est parti.
On regarde la montagne suivante sans prendre le temps de se retourner sur le chemin parcouru.
Courir pour soi ou pour son statut ?
C'est probablement la question la plus importante.
Pourquoi est-ce qu'on veut courir ce marathon ?
Parce qu'il nous fait rêver ? Parce qu'il nous challenge ? Parce qu'on aime le processus ?
Ou parce qu'on a l'impression qu'il faut le faire pour être un "vrai" coureur ?
Le risque n'est pas de viser grand.
Le risque, c'est de poursuivre des objectifs qui ne nous ressemblent pas. Des objectifs choisis pour leur valeur sociale plutôt que pour le plaisir qu'ils nous procurent.
Parce qu'au fond, personne ne vit votre pratique à votre place.
Le seul objectif qui compte
Quand on débute, on cherche souvent la bonne distance. Le bon chrono. Le prochain défi.
Mais la vraie question est peut-être ailleurs.
Est-ce que j'aime courir ? Est-ce que cette pratique me fait du bien ? Est-ce que j'ai envie d'y revenir demain ?
La suite viendra naturellement.
Le semi. Le marathon. Le trail.
Ou peut-être aucun de ces objectifs.
Et c'est très bien comme ça.
Parce qu'au fond, le but n'est pas d'impressionner les autres.
Le but, c'est de construire une relation durable avec une pratique qui nous fait grandir.
Et ça, contrairement aux chronos, ne devrait jamais devenir banal.
Pendant des années, le running a vécu avec une certitude : pour progresser, il fallait courir lentement la majorité du temps.
Aujourd'hui, de plus en plus de créateurs affirment l'inverse.
L'endurance fondamentale serait surtout utile aux élites. Les amateurs, eux, gagneraient davantage à courir plus vite.
L'idée est séduisante, mais est-elle vraie ? Décryptage.