“Je cours avec ma colère" : Ben Mazué ou l’art de faire la paix en courant

"J'adore avoir couru."

Quand Ben Mazué prononce cette phrase dans le podcast, il y a un petit silence.

Parce que ça vient cogner contre une idée qu'on ne questionne presque jamais dans le running : si tu cours régulièrement, c'est que tu aimes courir.

Et si c'était plus compliqué que ça ?

Ben Mazué ©Sunday Night Productions / Quentin Le Blanc. Tous droits réservés.

Courir n'est pas toujours agréable (et ce n'est pas grave)

Ben Mazué décrit la course comme une aventure dont il connaît à l'avance les ingrédients : "Je me lance dans quelque chose où je sais qu'il y aura de l'ennui, de la souffrance."

En d’autres termes, il ne court pas pour le plaisir de courir. Il court pour ce qui vient après. Pour la tête qui s’allège, les pensées qui se rangent. Pour cette clarté qu’il n’avait pas en quittant son appartement. Pour cette sensation discrète mais précieuse d’avoir remis un peu d’ordre dans le désordre.

Derrière les photos de lever de soleil et les courbes Strava, il y a souvent une vérité plus simple aussi : la plupart des coureurs n'aiment pas vraiment courir. Ils aiment ce que la course leur fait.

Ben Mazué ©Sunday Night Productions / Quentin Le Blanc. Tous droits réservés.

"Je cours avec ma colère"

L'autre phrase qui marque notre échange avec Ben, c'est celle-ci.

"Je cours avec ma colère."

Ben Mazué ne court pas pour fuir ses émotions ni pour les résoudre. Il court avec elles. Il les emmène avec lui sur le bitume ou sur les sentiers, et il les laisse faire leur travail.

Ce n'est pas un acte conscient. Il ne part pas courir avec une question en tête, dans l’espoir de rentrer avec une réponse. Il part avec ce qu’il est ce jour-là. Parfois de la colère, parfois du stress. D’autres fois de la frustration ou simplement l’envie d’être seul. Puis il court et observe ce qui se passe.

Les pensées remontent, les émotions se réorganisent. Sans qu'il décide rien.

C'est probablement ça que des millions de coureurs cherchent sans le conscientiser. Et puis, après tout, n'est-ce pas aussi la mission d'un artiste ? Mettre des mots sur ce que l'on ne voit pas, mais que l'on ressent profondément en nous.

Ben Mazué & Guillaume Centracchio ©Sunday Night Productions / Quentin Le Blanc. Tous droits réservés.

Une méditation qui ne dit pas son nom

"Quand je cours, je ne décide pas de mes pensées. Elles me traversent."

Ben Mazué fait ici une comparaison qu'il assume : pour lui, courir, c'est méditer en mouvement.

Pas la méditation immobile assise sur un tapis de Yoga Decathlon. Une autre forme, plus brute, où le corps occupe l'espace pour que la tête puisse enfin lâcher prise.

La science valide ce que les coureurs sentent depuis longtemps : l'activité physique régule l'humeur, baisse le stress, et débloque des fonctions cognitives liées à la créativité et à la décision.

Mais ce que Ben Mazué décrit va plus loin que ça. Il ne dit pas que courir résout les problèmes. Il dit que courir permet de les regarder autrement.

Et c'est peut-être tout ce qu'on lui demande.

Remplacer une habitude par une autre

Avant la course, il y avait la cigarette.

C'est en découvrant le trail à La Réunion que Ben Mazué prend une bonne résolution. Il ne décide pas d'arrêter de fumer. Il décide de remplacer une mauvaise habitude par une bonne.

La cigarette part, la course prend la place.

C'est exactement ce que disent tous les addictologues quand on les interroge sur les mauvaises habitudes : on n'arrête pas une habitude, on la déplace. On lui trouve une cousine qui occupe le même créneau émotionnel, le même besoin sous-jacent.

Pour Ben , ça s'est joué là. Une dépendance s'éteint, une autre commence. Sauf que celle-là le construit au lieu de l'abîmer.

Ben Mazué ©Sunday Night Productions / Quentin Le Blanc. Tous droits réservés.

Ce qu'il est venu chercher

À l'écouter parler, on comprend vite que ce n'est ni la performance ni le chrono qui l'ont fait rester.

Ce qu'il cherche, c'est ce moment suspendu où le téléphone n'existe plus, où personne ne réclame rien, où il peut enfin entendre ce qui se passe à l'intérieur.

C'est une quête qui dépasse largement le running. Et qui explique pourquoi des gens qui n'aiment pas spécialement courir continuent de mettre leurs chaussures, jour après jour, semaine après semaine, pendant des années.

Parce qu'au fond, ils n'aiment pas courir.

Ils aiment ce que courir fait d'eux.

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