Fatigue : et si ton alimentation jouait un rôle plus important que tu le penses ?
Tu t’entraînes sérieusement. Tu dors huit heures. Tu manges “sain”. Et pourtant… tu es fatigué.
Pas au bord du burn-out. Pas malade. Juste une fatigue de fond. Celle qui rend les footings un peu plus lourds, la récup un peu plus lente, la motivation un peu plus fragile.
Et si le problème ne venait ni de ton mental, ni de ton plan d’entraînement… mais de la manière dont ton alimentation soutient ou non, ta biologie ?
L’énergie disponible : le concept dont personne ne parle (et qui change tout)
En sport d’endurance, on parle beaucoup de charge d’entraînement. Beaucoup moins d’énergie disponible. Ce n’est pas simplement le nombre de calories que tu consommes, c’est ce qu’il reste à ton organisme une fois que l’entraînement a pris sa part.
🎯 Autrement dit : Après ta séance, est-ce qu’il reste assez d’énergie pour que ton cerveau, tes hormones, ton système immunitaire et ta récupération fonctionnent normalement ?
Si la réponse est non, même légèrement, mais de façon répétée, ton corps ne proteste pas. Il s’adapte.
Il ralentit certaines fonctions.
Il diminue la production hormonale.
Il freine la réparation.
En recherche, on appelle ça la Low Energy Availability (LEA), un état bien documenté chez les athlètes d’endurance.
Non, les glucides ne fatiguent pas
“Le sucre fatigue.”
“Depuis que j’ai supprimé les pâtes, je me sens mieux.”
👉 Ces phrases mélangent tout.
Chez un sportif d’endurance, les glucides sont indispensables.
Ils maintiennent les réserves de glycogène musculaire, soutiennent les intensités élevées et optimisent la récupération.
Le glycogène, ce n’est pas un caprice métabolique.
C’est ton carburant quand ça accélère.
👉 Alors pourquoi certains ressentent des coups de barre ? Souvent à cause du contexte.
Un petit-déjeuner typiquement français (pain blanc, jus de fruit, confiture) → glycémie qui monte vite → insuline → redescente rapide.
Chez certaines personnes sensibles, cela peut s’accompagner de somnolence ou de fringales.
Mais le problème n’est pas le glucide en soi.
C’est :
le manque de fibres
le manque de protéines
l’absence de lipides
la rapidité d’absorption
Un repas plus équilibré ralentit l’absorption, stabilise la glycémie et offre une énergie plus constante.
Supprimer les glucides peut donner une impression de stabilité temporaire.
Mais à moyen terme, chez un coureur entraîné, cela peut :
diminuer les réserves de glycogène
augmenter la perception de l’effort
élever les marqueurs de stress physiologique
S’adapter n’est pas optimiser.
Les protéines : pas un booster, mais un investissement
Autre idée reçue : les protéines “donnent de l’énergie”. Non.
Elles ne produisent pas plus d’ATP. Elles soutiennent l’adaptation.
Après une séance, deux processus coexistent :
La synthèse protéique augmente
La dégradation continue
Le progrès dépend de la balance protéique nette : reconstruire plus que l’on ne détruit. L’objectif n’est pas de maximiser en une prise. C’est de stimuler régulièrement.
Cohérence biologique : le terrain avant tout
On cherche souvent l’aliment miracle.
Mais la fatigue est rarement liée à un produit isolé.
Elle émerge d’un terrain biologique global.
Un modèle alimentaire de type méditerranéen, riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, poissons, huile d’olive est associé à :
une meilleure sensibilité à l’insuline
une meilleure stabilité glycémique
une réduction de l’inflammation de bas grade
un microbiote plus diversifié
une meilleure qualité de sommeil
Ce sont des associations, pas des promesses magiques.
Mais les mécanismes physiologiques sont plausibles.
Ce que tu manges aujourd’hui influence la qualité de ta séance de demain. Mécaniquement.
Micronutriments : les déséquilibres invisibles
Parfois, la fatigue n’est pas calorique.
Elle est micronutritionnelle.
Le fer
Central chez les coureurs.
Il intervient dans :
le transport de l’oxygène (hémoglobine)
la myoglobine musculaire
les enzymes mitochondriales
Même sans anémie déclarée, des réserves basses peuvent altérer le ressenti de fatigue. Mais attention : On dose avant de supplémenter. Toujours. Le fer n’est pas un “complément énergie”.
Vitamine D, magnésium…
Ils jouent un rôle dans la fonction musculaire, nerveuse et immunitaire.
Un déficit avéré peut impacter la récupération.
Mais chez une personne déjà dans les normes, la supplémentation n’a pas montré d’effet systématique sur la performance.
Encore une fois : cohérence, pas accumulation.
Caféine, alcool et sommeil : la fatigue masquée
On ne pouvait pas ne pas en parler.
La caféine
Elle ne donne pas d’énergie. “Zéro molécule d’ATP produite en plus.”
Elle bloque les récepteurs de l’adénosine, la molécule qui signale la fatigue.
Résultat : tu te sens plus alerte. Mais ton niveau d’énergie réel n’a pas changé. Tu as juste coupé l’alarme.
Son effet peut durer 5 à 7 heures (voire plus selon la génétique) et réduire le sommeil profond, parfois sans que tu t’en rendes compte.
Elle ne combat pas la fatigue. Elle la reporte.
L’alcool
Oui, il peut raccourcir le temps d’endormissement.
Mais il fragmente le sommeil et diminue le sommeil paradoxal.
Tu t’endors plus vite. Tu récupères moins bien.
La vraie question
La fatigue n’est presque jamais un problème isolé.
Elle est le résultat d’un déséquilibre entre :
ce que tu demandes à ton organisme
et ce que tu lui permets de faire
Dans les sports d’endurance, la performance ne dépend pas seulement de ce que tu produis.
Elle dépend de ce que tu es capable de restaurer.
Alors avant d’augmenter le volume, d’empiler les compléments ou d’accuser ton mental, pose-toi cette question :
Est-ce que mon alimentation soutient réellement l’ensemble des mécanismes qui me permettent de m’adapter, de récupérer et de mieux dormir ?
Parfois, la meilleure décision d’entraînement n’est pas d’en faire plus.
C’est d’améliorer tout ce qui se passe autour.
La partie 2 de cette épisode, disponible sur toutes les plateformes.
Tu t’entraînes sérieusement. Tu manges “plutôt sain”. Et pourtant… tu es fatigué ?
Dans ces deux épisodes, on démonte les idées reçues sur la fatigue du coureur : glucides accusés à tort, protéines mal réparties, caféine qui masque plus qu’elle n’aide… et surtout ce concept clé dont on parle trop peu : l’énergie disponible.
Et si le problème n’était pas ton mental, mais l’équilibre entre ce que tu demandes à ton corps… et ce que tu lui donnes ? 🎧