« Je voulais disparaître » : comment la course à pied a aidé Caroline à rester en vie

On dit souvent que courir permet de s’évader. Mais pour certaines personnes, courir ne sert pas à fuir, cela sert simplement à tenir debout.

Caroline, connue aujourd’hui sur Instagram sous le compte @depuisquejecours, raconte un parcours loin des clichés du running « feel good ». Derrière ses vidéos de sorties au bord de l’océan et ses dizaines de milliers d’abonnés, il y a surtout une histoire de reconstruction. Une histoire faite de deuils, d’alcool, d’hôpital psychiatrique… et d’un jour où elle a décidé, presque par hasard, d’aller courir.

Ce récit n’est pas celui d’une guérison miraculeuse.
👉 C’est l’histoire d’une jeune femme qui a appris, foulée après foulée, à ne plus vouloir disparaître.

Grandir avec des émotions trop fortes

Caroline se décrit comme une enfant « très énergique », avec des émotions toujours un peu plus intenses que la moyenne.

Le divorce de ses parents, lorsqu’elle a neuf ans, marque un premier tournant. La garde alternée fonctionne, mais les relations familiales restent fragiles, notamment avec son père.

À l’adolescence, les tensions sont fréquentes. Pourtant, le foyer avec sa mère et son beau-père reste un cocon.

Jusqu’au jour où tout bascule.

En 2013, son beau-père est diagnostiqué d’un cancer du poumon avec métastases au cerveau. La famille accompagne la fin de vie à domicile. Caroline vit ces moments à la fois comme très forts et profondément douloureux.

Mais elle a du mal à se sentir légitime dans ce deuil. « J’ai l’impression que je ne suis que sa belle-fille. Je ne me permets pas réellement de me sentir en deuil. ».

Pour combler ce vide, elle sort. Beaucoup. Et surtout, elle boit.

Quand les soirées deviennent une fuite

Les soirées deviennent rapidement un refuge. Caroline boit vite, beaucoup, jusqu’à oublier. Le lendemain matin, la culpabilité revient. « Je m’autoflagelle énormément avec cette culpabilité qui revient tout le temps. »

Les crises se multiplient. Les passages aux urgences aussi.
Un psychiatre finit par décider d’une hospitalisation. À l’hôpital psychiatrique, paradoxalement, Caroline trouve quelque chose qu’elle n’avait plus : un sentiment de sécurité.

Son psychiatre lui propose un exercice simple, presque déroutant.À chaque séance, il lui demande de dire ce qu’elle aime chez elle. Au début, rien.Puis petit à petit : ses baskets, ses cheveux… quelques fragments d’estime de soi.

Le drame qui fait tout vaciller

La reconstruction reste fragile.

Un jour, pendant une hospitalisation, son ex-petit ami l’appelle. Il dit vouloir en finir. Caroline décide de sortir pour l’aider le lendemain.

Mais dans la nuit, elle apprend qu’il s’est défenestré.

Le choc est immense. « J’ai une culpabilité immense en moi. J’ai l’impression que tout est de ma faute. ». Les jours qui suivent ressemblent à un cauchemar.
Caroline passe beaucoup de temps au cimetière. Et continue de boire. « Pour oublier », dit-elle. Mais aussi, reconnaît-elle plus tard, pour se détruire petit à petit.

Une pause inattendue au milieu des vergers

C’est finalement une rencontre inattendue qui crée une première respiration.

La belle-mère de sa sœur lui propose de venir vivre quelque temps dans son verger, dans le centre de la France.

Caroline accepte sans trop savoir pourquoi.Et là, au milieu des pommiers, quelque chose change. Ramasser des fruits, faire des compotes, apprendre à allumer un feu… des gestes simples. Mais profondément réparateurs. « Je me rends compte que je ne suis pas si bonne à rien. Je peux au moins ramasser des pommes. ».

Pendant un mois et demi, elle respire à nouveau. Mais les vieux démons reviennent lorsqu’elle rentre à Paris.

L’Australie : recommencer ailleurs

Pour casser ce cycle, Caroline décide un jour de partir en Australie avec un visa vacances-travail.

Au début, elle retombe dans les soirées. Puis elle part travailler dans des fermes avec d’autres voyageurs. Cueillir des fraises, ramasser des tomates, dormir dans un van, travailler sur un yacht… des expériences improbables qui l’éloignent progressivement de son ancienne vie.

Pour la première fois depuis longtemps, les idées noires disparaissent. Mais l’équilibre reste fragile.

La rencontre qui change la manière de se reconstruire

De retour en France, Caroline consulte une psychologue nommée Victoire.

Contrairement aux psychiatres qu’elle a rencontrés auparavant, elle ne prescrit pas de médicaments. Elle travaille d’abord sur la gestion des émotions.

Respirer pendant les crises.
Apprendre à comprendre ce qui se passe à l’intérieur. « Elle m’apprend des clés pour surmonter mes émotions. ».

Cette thérapie marque un vrai tournant. Caroline commence progressivement à se sentir plus sûre d’elle, plus en paix avec elle-même.

Le jour où elle commence à courir

Un jour, alors qu’elle est en arrêt maladie et profondément démotivée, sa mère lui lance une idée simple : aller marcher… ou courir.

Caroline n’est pas particulièrement sportive. Mais elle essaie. Au parc de Sceaux. Puis elle y retourne le lendemain. Et encore le lendemain. Très vite, quelque chose s’enclenche. « Je me sens libre et forte assez rapidement. »

Elle court tous les jours. Sans plan d’entraînement. Sans objectif. Juste pour respirer.

« Depuis que je cours »

Comme elle aime partager ce qu’elle vit, Caroline crée un compte Instagram. Elle l’appelle simplement : « Depuis que je cours ». Au départ, elle raconte ses séances comme elle racontait ses journées à sa famille :
ce qu’elle a fait, comment elle s’est sentie, ce qu’elle a appris. Très vite, la communauté grandit.

Parce que son discours est brut, sincère, sans filtre. Et aussi parce que beaucoup de coureurs se reconnaissent dans cette expérience : la course comme espace de respiration mentale.

Le marathon qui change tout

Un jour, Caroline gagne un dossard pour les 10 km de Paris. Puis elle enchaîne les courses.

Jusqu’à recevoir un dossard pour le marathon de Paris.

Pendant 21 semaines, elle se prépare. Elle raconte chaque étape sur ses réseaux. Et elle se lance. Au fil des kilomètres, les souvenirs remontent : son beau-père, son ex-compagnon, son père.

À 500 mètres de l’arrivée, les larmes arrivent. « Je me dis : je l’ai fait. » RÉCIT - depuis que je cours. Sa mère surgit au dernier moment pour passer la ligne avec elle. Un instant aussi chaotique qu’émouvant et surtout profondément symbolique.

La course comme réconciliation

Aujourd’hui, Caroline a 33 ans. Elle continue de courir. Elle fait même du trail.

Mais pour elle, la course n’est pas seulement un sport.

C’est un outil pour apprendre à s’aimer. « C’est un sport qui m’a permis de me réconcilier avec mon corps. ». Et surtout, une manière de transformer les blessures en mouvement.

« Le soleil est derrière la montagne »

Si Caroline pouvait parler à la version d’elle-même d’il y a dix ans, elle lui dirait simplement qu’elle est capable.

Et elle repenserait à cette phrase que sa sœur lui avait dite pendant les moments les plus sombres : « Le soleil est derrière la montagne. Il faut la gravir. ».

Aujourd’hui, elle gravit des montagnes pour de vrai. Et si son histoire touche autant de coureurs, c’est peut-être pour une raison simple :
elle rappelle que la course n’est pas seulement une question de chrono.

Parfois, c’est simplement une façon de rester en vie.



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