Comment le running reprogramme notre cerveau

Courir pour se vider la tête. Courir pour aller mieux. Courir parce que « ça fait du bien ».
Derrière cette intuition largement partagée par les coureurs, il y a pourtant des mécanismes biologiques, psychologiques et sociaux bien réels. Dans cet épisode, on reçoit le Dr Marine Lorphelin, médecin et marathonienne, pour décortiquer les liens entre course à pied et santé mentale !

La santé mentale : bien plus que l’absence de maladie

Avant de chausser les baskets, un rappel utile.
La santé mentale ne se résume pas à « ne pas être déprimé » ou « ne pas faire de crises d’angoisse ». Selon la définition de l’OMS, c’est un état de bien-être global qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés de la vie, de travailler de façon productive et de contribuer à la société.

Autrement dit : nous sommes tous concernés.
Stress chronique, périodes de doute, surcharge mentale, fatigue émotionnelle… La vie n’est pas un long footing en endurance fondamentale. Et c’est précisément là que le sport et notamment la course à pied, peut jouer un rôle intéressant.

Les endorphines, mais pas que

Les endorphines sont des molécules produites naturellement par notre corps (le terme vient de endogène), avec un effet antidouleur et euphorisant proche de la morphine. À l’effort, le corps libère aussi des endocannabinoïdes, dont le fonctionnement rappelle… le cannabis. Oui, vraiment.

🎯 Résultat :

  • diminution de la douleur,

  • sensation de bien-être,

  • parfois une légère euphorie,

  • et une baisse de l’anxiété (anxiolyse).

Pas étonnant que certains parlent de « planer » après une sortie.

Pourquoi ça ne marche pas à tous les coups

Si tu as déjà couru sans ressentir le moindre plaisir, rassure-toi : c’est normal.
Marine Lorphelin rappelle plusieurs points clés :

  • les endorphines apparaissent après un certain temps, souvent autour de 45 minutes d’effort,

  • la régularité augmente leur production,

  • des séances plus intenses (en durée ou en intensité) peuvent renforcer l’effet.

En clair : une sortie de 15 minutes entre deux réunions n’aura pas le même impact qu’un footing plus long, ni qu’une séance un peu engagée.

Stress vs anxiété : ne pas tout confondre

Le stress a mauvaise presse. Pourtant, à la base, il est utile.
C’est un mécanisme d’alerte qui nous rend plus réactifs, plus concentrés, plus performants.

L’anxiété, en revanche, apparaît lorsque ce stress devient chronique.
On n’a plus peur d’un danger réel, mais… de la peur elle-même. On anticipe sans cesse :
“Et si je me blesse ? Et si je tombe malade ? Et si ça se passe mal ?”

Marine Lorphelin parle ici d’expérience. Elle raconte avoir développé un trouble anxieux dans un contexte de forte pression (études médicales, exposition médiatique, manque de sommeil), notamment lorsqu’elle avait mis le sport de côté.

La course à pied est alors devenue pour elle un véritable régulateur mental : un moment de déconnexion, sans téléphone, pour « vider son sac » et recharger en énergie positive.

Attention : le sport n’est pas une solution miracle

La dépression est une maladie complexe, à plusieurs degrés de sévérité :

  • légère,

  • modérée,

  • sévère.

Dans certains cas, une activité physique douce, une thérapie par la parole ou des techniques de relaxation peuvent suffire.
Dans d’autres, un traitement médicamenteux est indispensable, car les neurotransmetteurs comme la dopamine ou la sérotonine ne jouent plus leur rôle.

Et quand on n’a plus d’élan vital, aller courir est parfois impossible.
Dans ces situations, l’accompagnement par des professionnels de santé, l’entourage, des éducateurs en activité physique adaptée est fondamental.

Le message est clair :
👉 le sport est un outil, pas une baguette magique.

Se fixer un défi pour renforcer confiance et estime de soi

Là où la course à pied est particulièrement puissante, c’est sur le terrain de la confiance en soi.
Les études parlent d’efficacité personnelle : le fait d’avoir mené un projet à terme.

Courir 5 km quand on se pensait incapable de courir 10 minutes.
Préparer un 10 km, un semi, un marathon.
Tenir un plan d’entraînement, malgré les doutes.

Chaque défi réussi envoie un message fort au cerveau :“Je suis capable.”

Marine Lorphelin le décrit très bien : se mettre en difficulté, physiquement, permet aussi de développer des ressources mentales transférables dans la vie quotidienne. Apprendre à accepter l’inconfort, la fatigue, les moments où “ça ne va pas”, en sachant qu’on peut les traverser.

Le cercle vertueux du running

La course à pied ne transforme pas que les jambes.
Elle entraîne souvent une série d’ajustements :

  • meilleur sommeil,

  • alimentation plus équilibrée,

  • réduction ou arrêt du tabac,

  • nouvelles fréquentations,

  • meilleure écoute de son corps.

Un cercle vertueux s’installe.
Pas parce que le running est magique, mais parce qu’il oblige à prendre soin du reste.

Courir ensemble, ça compte (beaucoup)

On présente souvent le running comme un sport individuel. À tort.
Clubs, groupes, compétitions, réseaux sociaux… la dimension sociale est immense.

Et ce lien est crucial pour la santé mentale :

  • l’isolement favorise l’anxiété et la dépression,

  • le sentiment d’appartenance motive,

  • courir avec d’autres rend la pratique plus durable.

Quand il pleut et qu’on sait qu’on est attendu, on sort plus facilement.

Quand courir devient trop

Dernier point, rarement abordé mais essentiel : l’addiction au sport, ou bigorexie.
Une dépendance réelle, bien que rare, qui se manifeste par :

  • une incapacité à réduire l’entraînement,

  • des symptômes de manque (irritabilité, troubles du sommeil),

  • un impact négatif sur la vie sociale, familiale ou professionnelle,

  • un risque accru de blessures et de troubles alimentaires.

🎯 La clé pour l’éviter ?

  • éviter la « boulimie de dossards »,

  • intégrer de vrais temps de repos,

  • varier les pratiques,

  • et surtout… ne pas oublier le plaisir.


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