Hugo Deck, la nouvelle génération du trail qui refuse de choisir

À 25 ans, Hugo Deck ne ressemble pas vraiment à l'image qu'on se fait d'un ultra-trailer.

Il rêve autant de longues journées en montagne avec ses potes que de gagner une grande course.

Et surtout, il assume quelque chose qui dérange encore un peu dans le trail français : vouloir performer très jeune sur ultra-distance.

Parce qu'Hugo fait partie d'une génération qui n'attend plus "le bon âge" pour aller sur long.

Une génération qui a grandi avec YouTube, Strava, les podcasts, et un accès permanent à l'information.

Et ça change beaucoup de choses.

"J'ai jamais rêvé de gagner Zegama"

Quand Hugo commence le trail, il ne rêve pas de formats courts. Ce qui le fascine déjà, ce sont les grands récits d'ultra.

Les vidéos de l'Ultra Trail World Tour sur YouTube, François D'Haene à la Diagonale des Fous ou encore les courses folles de Zach Miller sur l'UTMB.

Hugo le dit clairement "Je n’ai jamais rêvé de gagner Zegama ou Sierre-Zinal. C'est pas ce qui m'a fait rêver."

Cette phrase raconte quelque chose de plus profond sur l'évolution du trail.

Pendant longtemps, l'ultra était présenté comme une étape finale. Une discipline vers laquelle on montait progressivement, après des années à se faire la main sur des formats plus courts.

Aujourd'hui, de plus en plus de jeunes coureurs arrivent directement avec la culture de l'ultra dans la tête.

Pas comme l'aboutissement d'un parcours, comme le point de départ.

Une génération qui a grandi avec l'information

Hugo le dit lui-même : il a appris énormément seul.

Très tôt, il construit ses propres plans d'entraînement. Au lycée, pendant les cours, il dessine des séances sur des feuilles : "Ça me faisait trop rire d'imaginer des plans." Il lit. Il teste. Il observe, quitte à se tromper.

"Ce que je pense aujourd'hui, c'est pas ce que je penserai demain."

Cette approche autodidacte est loin d'être isolée.

Le trail moderne voit émerger une génération beaucoup plus informée qu'avant. Une génération qui connaît les méthodes d'entraînement, comprend la nutrition, analyse ses données, regarde les meilleurs du monde sur Internet, et échange directement avec des élites sur les réseaux.

Résultat : les barrières explosent plus vite.

L'expérience ne disparaît pas. Mais l'accès au savoir change la vitesse d'apprentissage.

Hugo est arrivé sur la CCC à 21 ans. Sur l'UTMB à 23. Il y a quinze ans, c'était presque inimaginable. Aujourd'hui, c'est devenu une trajectoire parmi d'autres.

Le Trail français face à un nouveau modèle

En France, l'idée reste encore très présente : il faudrait "attendre" avant de faire de l'ultra.

Construire progressivement. Passer par les formats courts, accumuler les années avant d'oser la grande distance.

Hugo ne rejette pas totalement cette vision. Il a lui-même accepté de revenir sur 100 kilomètres après un abandon sur l'UTMB et Nice fini "dans la douleur extrême". Il sait qu'il y a une marche entre 100 km et 100 miles qu'on ne saute pas en force.

Mais il défend autre chose. Quelque chose qu'on entend peu chez ses aînés.

"Si on a envie de faire une course, il faut la faire."

Derrière cette phrase, il y a un vrai changement culturel. Cette nouvelle génération ne veut plus suivre une trajectoire imposée, elle veut construire son propre chemin.

Quitte à faire des erreurs plus tôt, quitte à abandonner parfois et quitte à apprendre en direct.

Le vrai moteur : le plaisir

Ce qui frappe chez Hugo, c'est pas seulement le niveau, c'est sa manière de parler de l'entraînement.

Oui, il borne énormément. 150 à 160 kilomètres par semaine. 10 000 mètres de D+.

Mais derrière ce volume, il y a quelque chose d'assez rare chez un athlète de haut niveau : le plaisir reste central.

"Je pense que je fais parfois un volume plaisir plus qu'un volume qualitatif."

Il assume. Certaines sorties servent autant à voir de beaux endroits qu'à progresser. Il s'entraîne souvent avec des potes qui finiront la TDS en 35 heures, prend son temps, discute en chemin.

Sur le papier, c'est sous-optimal. Dans les faits, ça marche depuis sept ans.

Et c'est peut-être là qu'Hugo représente le mieux cette nouvelle génération : des athlètes ultra-performants qui refusent pourtant de transformer totalement leur pratique en laboratoire.

L'ultra reste plus grand que la performance

Et c'est probablement ce qui rend cette nouvelle génération intéressante.

Parce qu'au fond, malgré toute l'optimisation, Hugo continue de parler de l'ultra comme d'une expérience profondément humaine.

Quand il évoque l'UTMB ou la Diagonale des Fous, il ne parle pas seulement de classement.

Il parle d'émotion, de rêve et de transformation.

"À la fin, on est tous heureux de rejoindre cette ligne d'arrivée."

Et dans un sport qui devient de plus en plus compétitif, cette vision change beaucoup de choses.

Parce qu'elle rappelle que l'ultra-trail ne se résume pas à des watts, des chronos ou des données.

Mais à quelque chose de plus difficile à mesurer.

La manière dont une course peut transformer une vie.


Hugo Deck, la performance peut-elle rester un plaisir ?


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