Il faut qu’on parle du harcèlement de rue quand on court

(avec @oceanadreaa et @soofiabnb)

Courir, c’est simple.On enfile ses baskets. On lance sa montre. On met sa playlist. Et on part chercher un peu d’air. Enfin… en théorie.

Parce que pour beaucoup de femmes, courir ne se résume pas à une sortie sportive. C’est aussi composer avec des regards insistants, des remarques déplacées, des klaxons, parfois des gestes, parfois pire.

Dans cet épisode de SAFE PLACE, Océane et Sofia ont décidé de mettre le sujet sur la table : le harcèlement de rue quand on court. Un sujet encore trop souvent minimisé, voire banalisé. Pourtant, il façonne profondément la manière dont des milliers de femmes vivent leur pratique sportive.

Et ça, ça mérite qu’on s’y attarde.

Courir, mais pas “comme tout le monde”

Dans l’imaginaire collectif, le running est un sport accessible, libre, démocratique. Pas besoin d’infrastructure. Pas besoin d’horaires. Juste une paire de chaussures et un trottoir.

Mais cette liberté n’est pas vécue de la même façon par tous.

Quand Océane explique à des amis masculins ce qu’elle vit parfois pendant ses runs, la réaction est souvent la même : « Non mais ça t’est vraiment arrivé ? » Oui. Et souvent.

👉 Parce que, 56 % des femmes déclarent avoir subi du harcèlement pendant une session de footing. Plus d’une sur deux. (Selon l’observatoire du running 2025.)

👉 72% d’entre elles déclarent que leur pratique est impactée par l’insécurité et mettent ainsi en place des stratégies d’évitement (parcours adapté, éviter les heure tardives). (Selon l’observatoire du running 2025.)

Le harcèlement de rue, ce n’est pas uniquement une insulte frontale.

Sofia le décrit comme un ensemble de situations où l’on se sent mal observée, suivie, jugée, sexualisée. Cela peut être :

  • un klaxon répété,

  • un commentaire sur le corps,

  • un regard insistant sur plusieurs mètres,

  • une voiture qui ralentit

  • un inconnu qui s’approche sans prévenir,

  • ou un geste déplacé.

Océane raconte notamment s’être fait claquer les fesses dans des escaliers en rentrant d’un run. Sofia évoque un homme qui lui a craché dessus en lui lançant : « Rentre chez toi. » Deux histoires différentes. Même point commun : la sidération.Ce moment où le corps est en mouvement, mais l’esprit figé.

Le mythe de la tenue “responsable”

C’est un réflexe sociétal tenace : chercher une explication dans la tenue.

Short trop court ? Brassière ? Legging moulant ?

Sofia le dit clairement : elle pensait naïvement qu’en s’habillant plus couvrante, elle éviterait certaines remarques. Ça n’a rien changé. Parce que le problème n’est pas le short. Le problème, c’est la perception du corps féminin dans l’espace public.

Le corps qui court est un corps visible. En mouvement. Qui occupe la rue. Qui transpire. Qui respire fort. Qui existe.

Et historiquement, l’espace public a longtemps été considéré comme un territoire masculin. La femme qui court ne fait pas que faire du sport : elle revendique une place.

Une charge mentale invisible

Courir devrait être un moment de lâcher-prise.
Pour beaucoup de femmes, c’est un exercice d’anticipation.

  • Est-ce que je prends mes écouteurs ?

  • Est-ce que je partage ma localisation ?

  • Est-ce que je change d’itinéraire ?

  • Est-ce que je peux sortir à 18h l’hiver ?

Océane raconte qu’elle partage systématiquement sa position via sa montre. Sofia explique qu’elle préfère courir en groupe.

Ce ne sont pas des “petites habitudes”. Ce sont des stratégies d’adaptation.

Et elles changent profondément l’expérience sportive. Parce que quand ton cerveau reste en alerte, ton run ne ressemble plus tout à fait à une parenthèse mentale.

Le sexisme ne s’arrête pas au trottoir

Le problème ne s’arrête pas aux klaxons ou aux remarques dans la rue. Aujourd’hui, le running se vit aussi sur Strava et les réseaux sociaux, et le sexisme y trouve aussi sa place.

Dans l’épisode, un témoignage évoque ces hommes qui précisent « Run avec Julie » pour justifier une allure plus lente. En apparence anodin. En creux, un message : si je suis à ce rythme, c’est parce que j’étais avec une femme. Comme si la performance masculine restait la norme.

Même chose quand une femme parle d’un marathon : la première question est souvent « Tu l’as fait en combien ? » Le chrono devient un test de légitimité. Sur les réseaux, les commentaires glissent vite vers la tenue, le physique, les intentions.

Ce n’est pas toujours violent. Pas toujours conscient. Mais c’est révélateur : le corps féminin est encore trop souvent observé avant d’être reconnu comme performant.

Pourquoi ça marque autant ?

Parce que le running n’est pas qu’un sport.

Pour beaucoup, c’est un espace thérapeutique. Un exutoire. Une façon de reprendre le contrôle de son corps et de son mental.

Quand cet espace devient source d’angoisse, l’impact est double :

  1. On touche à la sécurité physique.

  2. On touche à la confiance en soi.

Certaines femmes arrêtent. D’autres modifient leur pratique. D’autres encore développent une hyper vigilance permanente.

Et à force d’adaptation, le plaisir peut s’effriter.

Alors, on fait quoi ?

Pas de solution miracle. Le problème est structurel.

Mais plusieurs pistes émergent :

  • Rejoindre des groupes : Les crews de running (mixtes ou 100 % féminins) peuvent redonner confiance et créer un cadre sécurisant.

  • Utiliser les outils disponibles : Partage de localisation, zones masquées sur Strava, parcours fréquentés.

  • Réagir quand on est témoin : Un simple “Ça va ?” peut faire la différence.

  • Travailler sur la culpabilité : Non, la tenue n’est pas responsable.
    Non, courir seule n’est pas une provocation. Reprendre le pouvoir, c’est aussi refuser d’endosser une faute qui n’existe pas.

Sensibiliser, encore et encore

Cet épisode est réalisé en collaboration avec Nike et Intersport à l’occasion de la course SINE QUA NON, qui se tiendra le 28 mars 2026, un événement engagé dans la lutte contre les violences sexistes à travers le sport.

Sine Qua Non, ce n’est pas “juste” une course. C’est un départ collectif pour faire bouger les lignes. Courir pour l’égalité. Courir pour rendre visible une réalité que beaucoup préfèrent encore considérer comme un cas isolé.

Crédit : Sine Qua Non

Parce que le changement passe par la visibilité.

Quand des milliers de personnes prennent le départ avec un message clair, le sujet quitte la sphère du fait divers pour entrer dans celle du débat public. Le sport devient alors un espace d’engagement et de prise de conscience.

Mais pour aller plus loin, la parole doit aussi se transformer en action.

Que faudrait-il pour que chaque femme puisse pratiquer son sport partout, librement et en sécurité ?

👉 Le questionnaire est ouvert jusqu’au 15 mars : prenez quelques minutes pour y répondre afin que le plus grand nombre de voix soit représenté.



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